Alliance Patriotique

DISSOLUTION DE L’UPC EN 1955

L’Union des Populations du Cameroun/UPC a été créée en 1948. Dès 1945 – à la fin de la Seconde Guerre mondiale -, des émeutes éclataient à Douala traduisant le mécontentement des travailleurs et des “évolués” camerounais. Les manifestants  contestaient le raidissement colonial malgré les décisions de la Conférence de Brazzaville tenue début 1944 – des promesses non tenues en quelque sorte, ce dont était familière la France coloniale.

 Le candidat de l’Administration coloniale avait été battu aux élections de l’Assemblée/ARCAM par le chef camerounais Douala Manga Bell. Mais ce dernier suscita rapidement une opposition “à gauche” et, en 1947, ses adversaires s’étaient regroupés dans le Rassemblement Camerounais/RACAM, parti interdit dès 1948. C’est alors que le militant syndicaliste Ruben Um Nyobè – élève de la Confédération Générale du Travail/CGT communiste française et adhérent de l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun/USCC – fait irruption sur la scène politique avec l’UPC qui regroupe évolués et  travailleurs soucieux de secouer la tutelle coloniale mais aussi les normes pesantes de la tradition.        

Dès 1949, l’Union des Populations du Cameroun/UPC s’affilie au Rassemblement Démocratique Africain/RDA dirigé par l’ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Le but upéciste est l’indépendance du Cameroun et la réunification des deux parties de l’ex Kamerun allemand. La structure de l’UPC est pyramidale : des comités de quartier, d’entreprise, de village, des comités de région ou département (administratif), un comité directeur élu par le Congrès de l’UPC. La Résolution de Douala (1953) souligne son soutien aux « revendications des masses laborieuses (…) élément majoritaire et fraction la plus opprimée du pays ».             

C’est lors de son IIe Congrès en 1952 que l’UPC réclame la réunification du Cameroun et des Cameroons et un délai de 5 ans pour la déclaration d’indépendance. En avril 1955, l’UPC compte 80 000 membres regroupés dans 460 comités. Confiant dans ses forces, le parti d’Um Nyobè et Félix Moumié réclame l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante et la formation immédiate d’un Comité  Exécutif Provisoire. Un mois après, l’UPC décrète la grève générale. Le 25 mai, les troupes coloniales françaises basées à Bouar (Oubangui-Chari/Centrafrique actuelle), Brazzaville (Congo) et Cotonou (Dahomey/Bénin actuel) interviennent à Douala puis à Yaoundé. Paris annoncera officiellement 9 tués et 60 blessés… Le compte des victimes est évidemment largement  au-delà de ces chiffres.     

Les événements sanglants de Mai 1955 ont marqué au fer rouge l’histoire camerounaise, et les conséquences des décisions françaises qui ont suivi pèsent encore sur l’évolution du pays. Ces  journées sanglantes ont aussitôt été exploitées par l’ordre colonial dans le but de liquider tous les patriotes camerounais. Cela, afin de leur substituer d’autres Camerounais plus malléables : « les amis de la France ».

Suit un extrait d’une communication relative à ces événements, parue dans le journal parisien Le Monde du 4 juin 1955, sous ce titre : « Après les troubles de Douala et de Yaoundé, des agitateurs avaient promis l’indépendance du Cameroun avant le 31 Décembre 1955’, indique Louis-Paul Aujoulat ».

« M. L-P Aujoulat, député du Cameroun, qui se trouvait dans ce territoire lors des troubles récents, a conféré ce matin avec Edgar Faure, il sera reçu demain samedi par le Président M. René Coty. Suivant l’ancien ministre, les incidents qui viennent de se dérouler sont le résultat d’une agitation nationaliste entretenue par l’UPC, probablement encadrée par des militants communistes étrangers au Territoire.

À Douala surtout, mais aussi dans le Mungo (riche ouest du Wouri), les éléments UPC ont multiplié depuis deux mois les réunions  sur la voie publique dans le but évident de ‘provoquer des bagarres’ avec les forces de l’ordre. Ces réunions, loin de cesser, se sont multipliées lorsque M. Roland Pré, Haut Commissaire, les a interdites. Fin Avril, a indiqué M. Aujoulat, un tract signé du leader de l’UPC M. UM NYOBÈ a été largement diffusé. Il assurait que l’indépendance du Cameroun serait acquise avant le 31 Décembre 1955 et que la mission de l’ONU, qui doit se rendre dans le Territoire à la fin de l’été, mettrait en place un Gouvernement provisoire qui aurait la charge de préparer les élections à une Assemblée Constituante. Le tract garantissait aux colons le libre exercice de leurs activités, mais stipulait que dès sa prise de pouvoir, l’UPC éliminerait l’administration, la police et les missions catholiques et protestantes.

Les incidents qui se sont déroulés du 23 au 27 Mai ont révélé l’existence d’une organisation minutieusement préparée, estime M. Aujoulat, qui fait remarquer que les troupes-chocs de l’UPC sont fournies par les originaires d’un même secteur (Bafoussam) de la région Bamiléké. Les bamilékés se trouvent disséminés dans tout le sud-Cameroun et parfois jusqu’au Gabon où ils ‘trustent’ la profession de market-boys, petits ou moyens commerçants dans les marchés. Il n’empêche qu’en marge des troubles, de nombreux meetings se sont tenus, auxquels participaient des membres et sympathisants de l’UPC de toutes origines.

Pour M. Aujoulat, le mouvement UPC touche encore peu les masses en dehors de la région de Douala. Il exerce en revanche une forte attirance sur les fonctionnaires et les évolués. Il ne fait aucun doute, selon l’ancien ministre, que les mesures sociales prises par le Haut Commissaire, les mesures administratives et politiques annoncées soit par M. Roland Pré soit par M. Paul-Henri Teitgen lors d’un récent voyage, privant l’UPC de certains motifs de revendiquer l’ont conduite à précipiter son action. Mais, conclut M. Aujoulat, ce parti est actuellement prisonnier de promesses politiques trop précises, et les différentes couches sociales réagissent encore devant le recours à la violence : aussi, le mal pourrait-il être enrayé si les réformes envisagées pour amener les populations à une participation plus directe à la gestion de leurs propres affaires étaient rapidement mises en application. »

Il apparaît ici que le Dr. Louis-Paul Aujoulat tentait de faire pression, pour les influencer, sur les centres de décision de la Métropole, dont il était un familier. Il n’hésitait donc pas à leur mentir. Signalons aussi que le Dr. Aujoulat avait la haine des patriotes camerounais, et voulait leur disparition notamment concernant le remarquable Ruben Um Nyobè. Lors des élections de juin 1951, seul le Secrétaire Général de l’UPC avait réclamé la fin du régime de tutelle et la réunion des Cameroun français et britannique: la ‘Réunification’. Dans ce scrutin, Um Nyobè se présentait au sud contre le Dr. Aujoulat et le prince Douala Manga Bell. Se présentaient aussi les parlementaires SFIO Ninine et Njoya Arouna. L’atmosphère était explosive puisqu’aux meetings, les Camerounais criaient « À mort Aujoulat ! »… La réaction de Paris ne tarda pas : dissolution de l’UPC et de tous ses organes annexes

Dr Daniel YAGNYE TOM

Représentant spécial de l’UPC en Afrique centrale et Australe 

Président de l’Alliance Patriotique.

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