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« CONTENTIEUX HISTORIQUE FRANCO AFRICAIN » De Daniel Yagnye Tom – « Une histoire émaillée d’assassinats »

Il y eut d’abord les tueries de septembre 1945 à Douala. Ensuite vint le grand bain de sang de mai 1955, minutieusement préparé par le Haut-Commissaire Roland Pré. Déjà, son décret du 19 février 1955 autorisait tous les employés de l’Administration à « utiliser la force pour empêcher ou disperser les réunions susceptibles de troubler l’ordre public ». Ce texte était d’une grande importance pour la stratégie de provocations et de harcèlements qui était devenue un impératif pour combattre l’UPC, car il donnait un caractère légal aux actions arbitraires que les fonctionnaires de l’Administration et leurs alliés objectifs n’allaient pas manquer de poser. En 1955, pendant la semaine de Pâques, les cinq vicaires de l’Église Catholique du Cameroun rédigèrent une lettre pastorale contre l’UPC. Cette lettre, qui fut lue le dimanche de Pâques dans toutes les paroisses, mettait les fidèles en garde contre l’UPC « communiste ».

L’histoire du Cameroun « indépendant » est celle d’une marche heurtée, tragique, violente, meurtrière, vers la liberté. Elle est émaillée d’assassinats sauvages assimilables à des génocides. Ce pays est le pur produit de l’ambition conquérante des puissances coloniales germano-franco-britanniques qui, comme toute ambition conquérante, éveille, passé le moment de la stupeur chez le peuple conquis, l’exigence humaine de liberté et l’opposition à l’oppression. Lorsque les peuples soumis au joug de ces puissances s’organisèrent pour renverser l’odieux système de l’occupation coloniale, c’est sans surprise que leurs aspirations se heurtèrent à la volonté illégitime et criminelle de l’occupant de maintenir cette condition cruelle, inhumaine et dégradante, car l’oppresseur ne lâche jamais aisément prise. Ce refus de reconnaître la légitimité des revendications des populations africaines et de vouloir continuer à leur infliger une condition indigne a conduit dans certains pays, en l’occurrence l’Algérie, Madagascar et le Cameroun, à une guerre armée pour obtenir l’indépendance, guerre dont le bilan en termes de coût humain fut terrifiant, pour dire le moins.

Passant outre à la résolution clairement exprimée des peuples africains de reprendre leur destin en mains, en violation flagrante de divers accords internationaux et au mépris des sacrifices immenses des populations africaines, les puissances coloniales dominantes mettront tout en œuvre pour fomenter un complot visant à vicier le processus de l’indépendance inéluctable de nos pays, et à plomber le rêve d’une Afrique unie dans un État continental puissant, un État fédéral panafricain. Il s’agissait à la fois de consolider la « Berlinisation » de l’Afrique et de maintenir la répartition des tâches issue de la seconde grande guerre tribale occidentale abusivement baptisée guerre mondiale. Cette répartition des tâches réserve, aujourd’hui encore, dans la mentalité colonialiste occidentale, le rôle de pourvoyeurs de matières premières à nos pays, et celui de direction du monde aux leurs.

Une mentalité de colonialiste qui persiste en dépit de la nouvelle configuration géopolitique mondiale qui est celle d’un monde multipolaire, lequel impose de toute nécessité une reconsidération et une renégociation des rapports régissant la vie internationale dans le sens de l’abandon des politiques bellicistes, du respect de tous les Peuples et de la réduction des appétits capitalistes.

Les crimes de ces puissances coloniales s’étendent donc sur la période avant, pendant et après les « indépendances ». Avant les indépendances, ils sont imputables à la seule puissance coloniale qui exerçait son imperium d’une main de fer dans les territoires considérés. Pendant et après les indépendances, ces crimes lui sont imputables au titre de ses agissements coupables, de sa collusion avec et de sa présence active auprès des dirigeants africains, qui ne sont que ses créations.

Mais ils sont imputables aux dirigeants africains eux-mêmes, collaborateurs en toute connaissance de cause de l’ordre néocolonial qui se mettait en place. Mais l’ONU elle-même n’est pas exempte de toute responsabilité dans ce drame de l’Afrique en marche vers la Liberté.

Il convient cependant de préciser que la présente étude, pour des raisons d’opportunité, se limitera aux agissements de la France dans les pays d’Afrique sub-saharienne sous son autorité, en général, au Kamerun en particulier.

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

En Afrique Australe et Centrale.

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