« CONTENTIEUX HISTORIQUE FRANCO AFRICAIN » De Daniel Yagnye Tom – « De la collaboration » (1ère partie)
De la Collaboration !
La définition de cette collaboration permettra de situer dès l’abord, la nature du contentieux historique objet de la présente réflexion. D’après le professeur Jean-Charles Coovi Gomez :
« La collaboration est une démarche politique et intellectuelle consciente qui consiste à privilégier des relations étroites, sentimentales, intimes avec la puissance coloniale dominante et à faire passer, avant tout, ces relations pour des relations indispensables à notre survie parce que naturelles. »
Le professeur Coovi explique ensuite que cette démarche s’apparente à :
« Une défaite de l’esprit et de la pensée qui considère comme irréversible a priori, le mythe de la supériorité de l’Occident. » Partant de là, des figures africaines de premier plan ont « concocté, dit-il, une sorte de répartition des tâches selon laquelle, en vertu de l’interdépendance de toutes les nations, certaines avaient le privilège de conduire et guider le monde », tandis que « d’autres avaient vocation à leur fournir des matières premières. L’Occident a donc le monopole de la matière grise, et l’Afrique avec ses ressources naturelles peut, en collaborant loyalement, bénéficier par ricochet d’un transfert de technologie. »
La responsabilité africaine ne sera donc pas éludée ou escamotée, mais ces élites africaines ne sont elles-mêmes que des pantins de la puissance coloniale qui, dans l’ombre, tire les ficelles et place ses pions sur l’échiquier politique, dans le cadre de la Françafrique telle que définie plus haut. François-Xavier Verschave nous explique comment cela fonctionne :
« La Françafrique, c’est ce qui a été mis en place en 1960 au moment où De Gaulle, à cause de la pression de l’histoire, a dû accorder l’indépendance aux pays d’Afrique. Il a à ce moment-là décrété une nouvelle légalité internationale : l’indépendance. Et en même temps, il a chargé son bras droit, Jacques Foccart, de faire exactement l’inverse, pour trois ou quatre raisons :
- D’abord pour maintenir le rôle de la France à l’ONU avec un cortège d’États clients.
- Pour maintenir l’accès aux matières premières stratégiques : le pétrole, l’uranium ou aux matières premières juteuses comme le bois, le cacao, etc.
- Pour maintenir le financement de la vie politique.
- La quatrième raison, c’est le rôle de sous-traitant de la France dans la guerre froide au service du camp occidental, c’est-à-dire empêcher une partie de l’Afrique de basculer du côté du camp communiste.
Verschave explique ensuite que :
« Si on décrète une nouvelle légalité internationale et qu’on fait exactement le contraire, ce qu’on fait est illégal, ne peut être fait que de manière occulte, cachée. Et c’est pour ça que toutes ces relations franco-africaines sont très majoritairement cachées aux yeux du public parce qu’elles sont inavouables, puisque la nouvelle légalité c’est l’indépendance. Autrement dit, la Françafrique c’est comme un iceberg : vous avez 10% d’émergé (la France patrie des droits de l’homme, meilleure amie de l’Afrique, généreuse, etc.), toute une face immaculée dans la relation franco-africaine, et vous avez 90% d’immergé, qui est la réalité profonde de la réalité franco-africaine, qui est le système mis en place par Jacques Foccart et qui visait à maintenir la dépendance. Quels étaient ces moyens occultes ? Le premier c’était de faire un grand ménage pour choisir des chefs d’État amis de la France, souvent d’ailleurs avec la nationalité française, parfois de simples agents des services secrets français comme Omar Bongo. Donc, on a choisi des proconsuls à la peau noire. »
Mais comment les a-t-on choisis ? Dans le cas spécifique du Cameroun, Verschave explique comment on a choisi ces proconsuls :
« D’abord par une guerre civile épouvantable au Cameroun, qui a fait entre 100.000 à 400.000 morts, une guerre digne du Vietnam, qui ne figure dans aucun manuel d’histoire. »
De la Collaboration !
La deuxième illustration trouve son explication dans l’histoire douloureuse du Togo :
« Par la suite, les chefs d’État légitimes élus par la population, comme Sylvanus Olympio au Togo, ont été assassinés. Olympio a été tué par quatre sergents chefs revenant de la guerre d’Algérie, dont l’un d’eux, Eyadema [décédé depuis en 2005], est toujours au pouvoir, sous la supervision de l’officier français qui était chargé d’assurer sa sécurité. »
En Centrafrique :
« Barthélemy Boganda est mort dans un accident d’avion suspect. Après le “nettoyage” de la maison, d’autres protagonistes ont été promus par le biais de la fraude électorale ou de la corruption… les moyens classiques. »
La Guinée Conakry constitue une exception : elle a bénéficié d’une indépendance sans une lutte armée grâce à un contexte où, dépassée par les guerres au Cameroun et en Algérie, la France a été incapable d’ouvrir un troisième front en Guinée, car une indépendance n’est jamais offerte. La Guinée Conakry et l’Algérie ont donc bénéficié pour leurs indépendances de la résistance armée des upécistes. Mais le président Sekou Touré a :
« Connu tellement de complots en deux ans, qu’il a fini par (…) en devenir paranoïaque, donc par être écarté quelque part du jeu. (…) Donc, on a mis en place un certain nombre de chefs d’États amis et on a pu tenir ce système par un ensemble de mécanismes parallèles. »
Entre temps, le généralissime Gnassingbé Eyadema est décédé et a été remplacé par son fils Faure Eyadema.
Parmi ces mécanismes, Verschave cite la présence de mercenaires comme Bob Denard, qui était en fait un :
« vrai-faux mercenaire puisque quand il avait un procès, l’ensemble des services secrets venaient dire : Mais, monsieur Denard travaille pour nous. Ce n’est pas un mercenaire, c’est un corsaire de la république, preuve que c’était des moyens occultes. »
Il y a aussi d’autres moyens, « beaucoup plus subtils, beaucoup plus forts », dit Verschave. À titre d’exemple, la société Elf, « faux nez des services secrets français », qui procurait des dizaines de milliards issus de la vente du pétrole africain pour mener certaines actions secrètes, comme le financement de la guerre de la France contre le Nigeria, la guerre du Biafra, « pour contrôler la partie pétrolière du Nigeria », mais aussi pour financer « tout un tas de coups d’État, des guerres civiles, des trafics d’armes ». Verschave cite aussi le cas des sociétés barbouzardes et de sécurité, qui facturaient trois fois leurs services afin de dégager les moyens nécessaires à leurs actions. Il conclut ainsi :
« Donc, on a mis en place tout un tas de mécanismes qui permettaient de pomper l’argent (…). Des pompes à fric qui permettaient de tirer une bonne partie de la substance de la rente des ressources africaines et de l’extraire notamment grâce au franc CFA », dont la convertibilité a été « le moyen le plus sûr d’extraire les ressources de l’Afrique ».
Ce dernier moyen fait partie des mécanismes les plus complexes mis en place. Ainsi :
« On est dans un mécanisme du degré zéro de l’indépendance, (…) de captation de l’indépendance totale. »
Dr Daniel Yagnye Tom
Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC
En Afrique Australe et Centrale.
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– Pr Coovi, Responsabilité historique du Président Houphouët dans l’instauration de la FrançAfrique:
http://www.youtube.com/watch?v=1rVweqyJaU4
– La Françafrique expliquée par Francois-Xavier Verschave : http://www. youtube.com/watch?v=_07Uf 3zBp3M
– Voir le documentaire Foccart, l’homme qui dirigeait l’Afrique :http://www.youtube. com/watch? v=lfSpCdo7-vY