« Caoutchouc de DIZANGUE » : De la SAFA à la SAFACAM plus de 100 ans de rapine française au Cameroun !
Nous vous présentons un tout autre aspect du contentieux historique Cameroun-France, celui de la spoliation de notre pays par les entreprises françaises. Malgré la spécificité du Cameroun sous mandat de la Société Des Nations (1ère phase du contentieux historique), dès la fin de la 1ère guerre mondiale et sous la Tutelle des Nations-Unies dès 1946, (2ème phase du contentieux historique), la France ne s’est nullement gênée de piller le sol et le sous-sol du pays, tout en exploitant hommes et femmes camerounais pour sa seule santé économique. Aujourd’hui, le Cameroun qui a énormément « donné » à cette France continue d’en payer le lourd tribut.
Lorsque nous parlons de pillage des ressources naturelles du Cameroun, nous pensons tout naturellement au « caoutchouc de DIZANGUE », une société florissante dont la razzia méthodique a duré « officiellement » de 1924 jusqu’en 1962, date de la « tropicalisation » du nom SAFA en SAFACAM. Il est important de relever l’apport de cette société durant la 2ème guerre mondiale avec un recrutement massif d’indigènes pour soutenir cet effort de guerre.
Il est ainsi édifiant de connaître l’histoire de la « Société des Plantations de la Sanaga » qui devient en 1939 la S.A.F.A. – Société Africaine Forestière et Agricole, une société française dont les retombées financières ne vont profiter quasi-exclusivement qu’à la France durant près d’un siècle.
Nous avons choisi de laisser parler l’histoire !
Sur le site internet de l’actuel SAFACAM, dont l’ancêtre fût SAFA) : « Le développement de la plantation débute en 1897, sous protectorat allemand, par l’acquisition de 4 000 hectares de terrains agricoles. (Après la 1ère guerre mondiale), dans les années 1920, la plantation devient « française ». L’hévéaculture connaît un nouvel essor dans la région de DIZANGUE et la superficie de la concession s’accroît de quelques 11 000 hectares supplémentaires.
· La plantation compte alors un peu moins de 7 000 hectares d’hévéas greffés plantés. Au cours de la décennie suivante, la construction d’une usine de caoutchouc – inaugurée en 1935 – constitue un fait marquant de l’histoire de la région.
· En 1939, la Société des Plantations de la Sanaga devient la S.A.F.A. (Société Africaine Forestière et Agricole).
· L’année 1962 marque la création de la S.A.F.A.CAM. (Société Africaine Forestière et Agricole du Cameroun).
· La crise pétrolière des années 1970 donne lieu à une chute des cours du caoutchouc et à une réduction des surfaces plantées d’hévéas.
· En 1973 la S.A.F.A.CAM commence à diversifier ses cultures au profit du palmier à huile.
· Le gouvernement (camerounais) développe un « plan palmier », qui est mis en œuvre par la Société Nationale d’Investissement (SNI).
· L’État entre alors à hauteur de 11% dans le capital de la S.A.F.A.CAM par le biais de la Société Nationale d’Investissement, (SNI).
· Actuellement l’activité palmier à huile représente 72%
· L’activité hévéa 28% du chiffre d’affaires de la S.A.F.A.CAM ».
Nous remontons en 1924 pour présenter le français : « Chamaulte Henri, (1897-1957), combattant de la Première Guerre mondiale, assistant d’une plantation en Malaisie, ensuite en Indochine. Il devient en 1924 le directeur de la plantation DIZANGUE puis Inspecteur général et administrateur de cette plantation. En 1940, il se rallie au colonel Leclerc à partir de DIZANGUE. Il est membre de l’Assemblée territoriale du Cameroun. (…) Sous l’impulsion de M. Chamaulte et grâce à l’énergie de quelques planteurs, cet énorme travail a pu être réalisé en plein pays noir — c’est-à-dire avec une main-d’œuvre peu courageuse, parfois même apathique. Équipée des derniers perfectionnements elle se compare aux meilleures installations d’Extrême-Orient :
· Des séchoirs à air chaud et conditionnés sont installés pour permettre un meilleur séchage du caoutchouc.
· Des fumoirs d’un nouveau type sont étudiés.
· Une scierie, des ateliers à bois et à fer, des garages, des fours à briques et à tuiles,
fabrique de tasses à latex, complètent l’organisation technique et permettent à la plantation de vivre en grande partie sur elle-même.
Les résultats de ce grand effort a déjà porté ses fruits :
· En 1940, la production était de 1.137 tonnes
· En 1948 la production passait à 2.403 tonnes
· En 1946, La production de Dizangué représentait 73 % à elle seule de la production totale du Cameroun· En 1948, la production de Dizangué représentait 85 %. »
(Recueil Temerson, 1957) – www.entreprises-coloniales.fr/empire/Socfin_1919-1998.pdf
Selon « Le Monde des affaires, SEDE, Paris, 1952 » : « la seule grande plantation actuelle de l’Afrique française est celle de DIZANGUE, près d’Edéa à environ 80 km de Douala. Avant la guerre de 14-18 les Allemands avaient une centaine d’hectares d’hévéas ; L‘affaire, rachetée par la Société Africaine Forestière et Agricole (S.A.F.A.) du groupe de Rivaud, fut étendue à partir de 1925. (…) M. Chamaulte a attaché son nom à une des belles réalisations françaises en Afrique. Le latex est rassemblé à Dizangue où se trouve une importante usine qui peut traiter 3.000 tonnes par an. Il est transformé en feuilles fumées, en crêpes ou stabilisé à l’ammoniaque. Les neuf autres plantations européennes du Cameroun produisent à peine 100 tonnes par an.
Voici quelques informations financières, économiques et politiques sur cette société qui démontre sa « belle santé » financière sur plusieurs années.
1. SOCIÉTÉ AFRICAINE FORESTIÈRE ET AGRICOLE (S.A.F.A.).
Présidée par M. René de Rivaud, l’assemblée du 10 décembre 1952 a approuvé les comptes de l’exercice 1951, se soldant par un bénéfice net de Fr. C.F.A. 103.611.891
2. SOCIÉTÉ AFRICAINE FORESTIÈRE ET AGRICOLE (L’Information financière, économique et politique, 27 mars 1954) :
La société a produit dans le secteur « BOIS » :
· En 1952, 6.374 mètres cubes de bois en grume,
· En 1952, 4.025 mètres cubes de bois débités.
· En 1953, 7.350 mètres cubes de bois en grumes
· En 1953, 4.688 mètres cubes de bois débités
3. SOCIÉTÉ AFRICAINE FORESTIÈRE ET AGRICOLE (S.A.F.A.) (L’Information financière, économique et politique, 3 juillet 1958). L’assemblée ordinaire tenue le 1er juillet, sous la présidence de M. Robert Michaux, a approuvé les comptes de 1957. Le conseil indique qu’au Cameroun, la récolte de caoutchouc a été de 3.150.000 kg contre 3.080.000 kg en 1956. La baisse normale des rendements dans les cultures les plus âgées est compensée par la production croissante des jeunes surfaces.
4. SOCIÉTÉ AFRICAINE FORESTIÈRE ET AGRICOLE (S.A.F.A). (L’Information financière, économique et politique, 16 mai 1959) Cette entreprise possède un domaine agricole au Cameroun d’une superficie de 17.000 hectares sur lequel 6.631 ha. sont plantés d’hévéas ; La société exploite d’autre part une branche forestière et des plantations de café. Un nouveau bloc de caféiers est entré en rapport l’an dernier portant la surface totale en production à 263 hectares. Il a été produit en 1958 ; 200 tonnes de café.
La production de caoutchouc s’est sensiblement accrue en 1958 et, étant donné la hausse des prix de vente de la matière, les résultats de l’exercice écoulé seront vraisemblablement plus élevés que ceux de 1957 qui avaient laissé un bénéfice net de 69,8 millions de Fr. CFA.
Dans l’ouvrage « Le Mbam dans la Seconde Guerre Mondiale : contribution d’une région administrative du Cameroun à l’effort de guerre français » de Crécence Memoli-Aubry – Outre-Mers. Revue d’histoire Année 2000, il était courant que la main-d’œuvre soit enrôlée de force, lorsque le quota de travailleurs n’était pas atteint. Tout le contraire du tableau idyllique de la S.AF.A présenté en 1949, dans un extrait de Jean Bouvier, « Le Caoutchouc, Flammarion, 1947, p. 256 : SAFA : 17.000 h. au Cameroun plantés par des techniciens venus d’Extrême-Orient » : « DIZANGUÉ (Réalités, juin 1949)
« Dizangué – plantation d’hévéas entre Douala et Edéa, est une création d’avant guerre. Elle constitue, à nos yeux, l’exemple le plus parfait d’une réussite africaine. Le voyageur qui parcourt les pistes défoncées du Cameroun est tout à coup surpris par la perfection du réseau routier : routes larges et en parfait état, carrefours dégagés, fossés entretenus : il traverse la plantation de Dizangue, et sa joie dure 12 kilomètres :
· La plantation couvre 7.000 hectares
· Elle produit près de 3.000 tonnes de caoutchouc,
· Ceci représente un chiffre d’affaires de l’ordre du demi-milliard de francs.
· La main-d’œuvre noire comporte environ 4 à 5.000 manœuvres qui vivent avec leur famille dans des villages spécialement aménagés ; certains travailleurs sont même nés sur la plantation.
· Les cadres sont constitués par 16 Européens qui se répartissent la direction des divers services ou chantiers : assistants, mécaniciens, médecin, comptable, secondés par des cadres indigènes souvent très anciens et formés sur la plantation.
· Plus de 10 000 personnes vivent dans la plantation.
Dans ce pays où tous les chefs d’entreprise se plaignent de l’absence de main-d’œuvre, DIZANGUE a tout le personnel désiré. Si le succès sourit à cette affaire, c’est qu’elle applique les principes qui sont la clé de la réussite en Afrique : un chef de haute valeur et d’une autorité morale et technique incontestée, admirée, un effort social puissant, un souci constant des problèmes humains, une politique rigoureuse de l’approvisionnement en objets de consommation, un développement particulier de la formation professionnelle. À tous les détracteurs de l’Afrique il faut rétorquer : DIZANGUE. » Extrait tiré du site : www.entreprises-coloniales.fr.
Sur ce site : L’hévéaculture (Encyclopédie Du Cameroun et du Togo, 1951) :
« À l’heure actuelle (1949), sont encore exploitées trois ou quatre petites plantations à Yaban, au nord-ouest de Douala, à Sangmelima, à Ngoulemakong près de Kribi, qui totalisent près de 800 hectares et ont réussi à se maintenir en assez bon état ».
EDIFIANT !
La présentation de cette société introduit de plein pied le pillage systématique entrepris par la France durant un siècle. Rien que pour celle-ci, à combien peut-on chiffrer la perte colossale du Cameroun ? Quel serait le montant des dédommagements de la France à travers ses sociétés dans notre pays pendant les trois phases du contentieux historique Cameroun-France ?
Dr Daniel Yagnye Tom
Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC
en Afrique Australe et Centrale.
Il est facile d’évaluer les préjudices causés en partant de la somme moyenne en un an multipliée par 100 saupoudrée d’un pourcentage pour le préjudice moral causé