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IL Y A 1O2 ANS, LE CAMEROUN ÉTAIT SOUS MANDAT DE LA SOCIÉTÉ DES NATIONS.

Lorsque l’on parle du Contentieux Historique Cameroun-France, il ne s’agit pas uniquement d’archives. Sans pour autant minimiser l’importance capitale de ces archives, elles représentent une source d’information idéale, celle qui permet d’authentifier et d’asseoir sur des bases solides les multiples plaintes. Ces archives, “miroir de la société française de l’époque”, sont inestimables pour les historiens et les juristes qui pourront enfin nous permettre de nous réapproprier notre histoire et exiger une compensation équitable.

Ce qui se profile en filigrane, c’est le manque total de volonté de la France à ouvrir ce volet de sa sombre histoire. La prise de position officielle de la France, condition préalable à l’ouverture des archives, est au minimum un sérieux manque de respect, mais plus grave, un mépris pour les diverses souffrances de notre peuple. Il existe une dimension éthique et morale dans ce Contentieux Historique Cameroun-France, en dehors de ses aspects politiques, juridiques, économiques et financiers.

Le Contentieux Historique Cameroun-France, dont l’objectif principal est la création d’un État camerounais entièrement acquis à la France, est un litige constitué de crimes et d’actes délictueux commis par la France dans notre pays, restés impunis jusqu’à aujourd’hui. La France a largement détourné le Mandat reçu de la Société des Nations le 20 juillet 1922 de ses dispositions primaires pour satisfaire essentiellement ses aspirations géostratégiques, politiques, économiques, sociales et financières.

Rappel historique succinct sur le mandat de la Société des Nations :

Le Mandat que la France a reçu pour notre pays de la Société des Nations en juillet 1922 stipulait dans son article 2 qu’elle serait responsable de la paix, du bon ordre et de la bonne administration dans le territoire, et qu’elle accroîtrait par tous les moyens en son pouvoir, le bien-être matériel et moral et favoriserait le progrès social des habitants. L’article 3 interdisait d’établir sur le territoire camerounais aucune base militaire ou navale, ni édifier aucune fortification, ni organiser aucune force militaire indigène sauf pour assurer la police locale et la défense du territoire. Toutefois, il était entendu que les troupes ainsi levées pouvaient, en cas de guerre générale, être utilisées pour repousser une agression ou pour la défense du territoire en dehors de la région soumise au mandat.

Au regard de ce qui s’est réellement passé dans notre pays pendant cette période du Mandat, est-il indispensable pour un président français d’analyser les fouilles des archives pour se prononcer sur ce passé ? De qui se moque-t-on ? Pourquoi l’État camerounais permet-il cette attitude arrogante et méprisante des dirigeants français face à une exploitation honteuse ? Car le Cameroun n’a jamais été une colonie de la France !

Combien a coûté et continue de coûter à notre pays ce silence sur le rôle primordial du Cameroun pour la France à partir de ce fameux 27 août 1940 ?

La nuit du 26 au 27 août 1940, au cours de laquelle la ville de Douala avait été prise d’assaut par les hommes du capitaine Leclerc aidés par quelques riverains, après la neutralisation des Pétainistes. (Pétainistes qui, du reste, étaient largement majoritaires dans la communauté française). Pour mémoire, l’imprimeur Lalanne a été intimé d’imprimer des affiches proclamant “l’indépendance économique et politique du Cameroun”. Dans ces affiches signées par l’auto-proclamé Colonel et Commissaire Général Leclerc, qui se terminaient par “Vive le Cameroun Libre”, il exhortait les Camerounais à tenir compte du fait que “la France, l’Empire et les Alliés avaient les yeux fixés sur eux”.

Le statut de notre pays interdisait à la France d’enrôler des Camerounais dans leurs forces armées. Malgré tout, ce sont les Camerounais qui ont constitué l’épine dorsale initiale de la France Libre. C’est ainsi qu’environ 40.000 Camerounais, stimulés par la conquête de leur indépendance politique et économique, se sont portés immédiatement volontaires !

Voici ce qu’en dit le secrétaire général de l’UPC, Ruben Um Nyobe : “En ce qui concerne l’argument selon lequel nous devons avoir des armes pour revendiquer notre liberté, nous répondons que cela est dépassé. La lutte armée a été menée une fois pour toutes par les nationalistes camerounais qui ont largement contribué à la défaite du fascisme allemand. Les libertés fondamentales dont nous revendiquons l’application et l’indépendance vers laquelle nous devons marcher résolument ne sont plus les choses à conquérir par les armes.” Ruben Um Nyobe, Écrits sous maquis L’Harmattan page 89.

En dehors de notre décisive participation humaine, pourquoi n’ont jamais été évoqués les énormes apports matériels et financiers, notamment ceux de la Société Financière des Caoutchoucs, la plus importante entreprise du Cameroun sous Mandat, avec les travaux forcés de ses travailleurs dans l’effort de cette guerre ?

Il est important de souligner ici que le statut camerounais de Mandat ne faisait pas perdre les droits et les capacités juridiques du Mandant lorsqu’il devenait indépendant et que d’autre part le Mandat était toujours modifiable ou même révocable par le Mandant tant qu’il n’avait pas pris effet. Le Cameroun était donc politiquement et économiquement indépendant !

En signe de “gratitude et de remerciement”, en septembre 1945, les Français ouvraient le feu sur une manifestation de travailleurs grévistes camerounais, la faisant dégénérer en émeutes. Plus scandaleux, un avion avait été utilisé pour mitrailler les émeutiers. Un bilan de plusieurs dizaines de morts qui allait réveiller et stimuler encore plus la fibre nationaliste camerounaise avec l’impérieuse nécessité de s’organiser pour la lutte pour la conquête de l’indépendance. Le 10 avril 1948 naissait ainsi l’Union des Populations du Cameroun !

Nous ne le dirons jamais assez, la résolution du Contentieux Historique Cameroun-France est un devoir sacré, un devoir de mémoire car le sang versé par les nôtres, leurs immenses sacrifices doivent être honorés et célébrés !

Dr Daniel YAGNYE TOM

Représentant spécial de l’UPC en Afrique centrale et Australe 

Président de l’Alliance Patriotique.

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