EntertainmentGalerie

1958 : ASSASSINAT DU S.G. DE L’UPC, RUBEN UM NYOBE         

Le militaire Pierre Messmer, qui assume les fonctions de Haut-commissaire de la France au Cameroun, notamment lors des élections en Sanaga-maritime, fin décembre 1956 – décidera d’appliquer la méthode forte aux populations sous influence de l’UPC qui leur prêche avec succès l’abstention. C’est normal puisqu’il est un “ancien d’Indochine” et, plus récemment, de la guerre coloniale faisant rage en Algérie… Messmer écrit dans ses Mémoires que le Général De Gaulle en phase de résurrection politique, le reçoit à Paris, l’écoute et ne semble pas opposé à la manière violente au Cameroun – … sans cependant lui donner son accord. Le Haut-commissaire expose ainsi sa politique:

“Désormais ma stratégie [au Cameroun] sera simple: ayant réussi à contenir la révolte de l’UPC dans son berceau du pays Bassa, je l’y étoufferai. Et j’y parviendrai, remportant ainsi l’un des deux succès de l’après-guerre contre des insurrections outre-mer (l’autre étant Madagascar) [Madagascar 1947: les revendications nationalistes sont réprimées dans le sang de dizaines de milliers de Malgaches].

Face à la rébellion d’Um Nyobè, j’avais d’abord temporisé en pratiquant la politique du ‘containment’, que les anglo-saxons appliquaient à l’Union Soviétique. Je l’empêchais de sortir du pays Bassa (…)”            

Et le haut-gradé Messmer poursuit au présent, revivant son ‘exploit’ comme un rapport militaire:

“ Je me trouve maintenant en position de force – ce qui est rare pour un pouvoir colonial dans les années ’50. L’UPC réclame l’indépendance: je l’apporte, certain que le ministre [de la FOM] ne me désavouera pas. La réunification avec le Cameroun britannique ? Je suis d’accord, quitte à bousculer nos diplomates réticents devant une décision à laquelle nos voisins anglais restent hostiles. Donnant satisfaction franche et rapide à deux revendications essentielles que je connais pour les avoir rencontrées au Vietnam dix ans plus tôt. Ayant organisé sans lui, donc contre lui, des forces politiques solides, j’empêche Um Nyobè de réussir l’opération magistralement menée par Ho Chi Minh: l’union des nationalistes autour du parti communiste et sous sa direction.” Le militaire Pierre Messmer, qui assume les fonctions de Haut-commissaire de la France au Cameroun, notamment lors des élections en Sanaga-maritime, fin décembre 1956 – décidera d’appliquer la méthode forte aux populations sous influence de l’UPC qui leur prêche avec succès l’abstention. C’est normal puisqu’il est un “ancien d’Indochine” et, plus récemment, de la guerre coloniale faisant rage en Algérie… Messmer écrit dans ses Mémoires que le Général De Gaulle en phase de résurrection politique, le reçoit à Paris, l’écoute et ne semble pas opposé à la manière violente au Cameroun – … sans cependant lui donner son accord. Le Haut-commissaire expose ainsi sa politique:

“Désormais ma stratégie [au Cameroun] sera simple: ayant réussi à contenir la révolte de l’UPC dans son berceau du pays Bassa, je l’y étoufferai. Et j’y parviendrai, remportant ainsi l’un des deux succès de l’après-guerre contre des insurrections outre-mer (l’autre étant Madagascar) [Madagascar 1947: les revendications nationalistes sont réprimées dans le sang de dizaines de milliers de Malgaches].

Face à la rébellion d’Um Nyobè, j’avais d’abord temporisé en pratiquant la politique du ‘containment’, que les anglo-saxons appliquaient à l’Union Soviétique. Je l’empêchais de sortir du pays Bassa (…)”            

Et le haut-gradé Messmer poursuit au présent, revivant son ‘exploit’ comme un rapport militaire :  “ Je me trouve maintenant en position de force – ce qui est rare pour un pouvoir colonial dans les années ’50. L’UPC réclame l’indépendance: je l’apporte, certain que le ministre [de la FOM] ne me désavouera pas. La réunification avec le Cameroun britannique ? Je suis d’accord, quitte à bousculer nos diplomates réticents devant une décision à laquelle nos voisins anglais restent hostiles. Donnant satisfaction franche et rapide à deux revendications essentielles que je connais pour les avoir rencontrées au Vietnam dix ans plus tôt. Ayant organisé sans lui, donc contre lui, des forces politiques solides, j’empêche Um Nyobè de réussir l’opération magistralement menée par Ho Chi Minh: l’union des nationalistes autour du parti communiste et sous sa direction.”  

1958 : le Premier ministre Ahidjo avait passé deux mois à Paris. C’était quelques semaines seulement avant l’assassinat du Secrétaire Général et co-fondateur de l’UPC, Ruben Um Nyobè.

Il y a plusieurs versions de l’exécution sommaire, aussitôt après sa capture au maquis, du Mpodol – le surnom affectueux donné en langue bassa à Um Nyobè -, et la plupart culpabilisent en premier lieu le Premier ministre d’alors, Ahmadou Ahidjo. Il est vrai qu’Ahidjo avait passé deux mois à Paris, peu avant la mort du secrétaire général de l’UPC, qui eut lieu le 13 septembre 1958 dans son maquis de la Sanaga-maritime où il s’était replié après la dissolution de son parti en mai 1955. L’assassinat de son principal adversaire politique convenait certes à Ahidjo, « l’homme des Français » dont l’ambition politique se dissimulait sous un aspect extérieur quelconque. Mais soulignons-le : le Haut-commissaire français tenait encore sous ses ordres à ce moment-là la Sécurité du Territoire, la Justice et les forces de l’ordre… Et le SG de l’UPC  tué de sang-froid loin des regards par un supplétif tchadien des forces coloniales françaises…

Ce n’est que le 15 septembre, c’est-à-dire deux jours après l’assassinat, que l’agence AFP annonçait la mort du Mpodol. Le Monde daté du 16 septembre 1958 reprend une dépêche de l’agence France-Presse :

« Dernières nouvelles : Au Cameroun, un leader du mouvement insurrectionnel tué par une patrouille

Yaoundé 15 septembre (AFP) M. Ruben Um Nyobè, secrétaire général de l’UPC, leader du mouvement insurrectionnel camerounais, a été tué samedi soir, en Sanaga-maritime, au cours d’une rencontre avec les patrouilles des forces de l’ordre.

Mouvement d’opposition armée au gouvernement de M. Ahidjo, l’Union des Populations du Cameroun est pratiquement divisée en deux tendances. La plus activiste, animée par MM. Félix Moumié et Ernest Ouandié, respectivement Président et Vice-président du mouvement, a ouvert un bureau d’information au Caire. La seconde, restée dans le pays, était dirigée par M. Um Nyobè. Si la mort du SG de l’UPC est dans l’immédiat susceptible de porter un coup grave à la rébellion qui a fait un ‘abcès de fixation’ dans le sud-Cameroun, dans l’avenir, les conséquences peuvent être différentes. En effet, la tendance intransigeante et anti-française de l’UPC risque de prendre progressivement en main les destinées du parti. »

Puis, dans Le Monde des  21-22 septembre 1958 :

« L’Union Nationale des Etudiants Camerounais (UNEC) a tenu vendredi soir une réunion d’information à l’hôtel Lutetia, à Paris. Cinq orateurs se sont succédé à la tribune pour rendre hommage à Ruben Um Nyobè, SG de l’UPC, tué par une patrouille à la fin de la semaine dernière. Parmi les orateurs se trouvait Maître Khaldor, avocat à la cour, récemment expulsé du Cameroun, qui a fait un exposé sur la situation politique camerounaise. À l’issue de cette réunion, une résolution a été votée, réclamant soit l’ouverture immédiate de négociations entre l’UPC et les gouvernements britanniques et français, soit l’envoi au Cameroun d’une commission de l’ONU jusqu’à la formation d’un gouvernement provisoire élu. »

    Une semaine après l’annonce de la mort de Um Nyobè, Ahidjo revenait à Paris pour discuter le nouveau statut du Cameroun.

Le Monde du 23 septembre 1958 rapporte :

« Le Président du Conseil du Cameroun, est arrivé lundi matin à Paris, venant de Yaoundé. Il vient mettre au point avec le gouvernement français le projet de Constitution récemment élaboré à Yaoundé par la Commission d’étude franco-camerounaise. Avant de quitter la capitale camerounaise, M. Ahidjo a déclaré que le nouveau statut devant fixer le cadre de l’autonomie interne suppose le transfert de nombreuses compétences. Dans les domaines réservés à la République Française – défense, monnaie et relations extérieures – il est indispensable, a dit M. Ahidjo, de prévoir la participation du Cameroun aux décisions de la France, car si nous acceptons pour un temps de lui confier ces responsabilités, nous n’entendons pas pour autant nous en désintéresser. La France a reconnu que nous devons devenir indépendants et cela dans les délais – je veux l’annoncer déjà – que l’Assemblée camerounaise et le gouvernement seront appelés à fixer dès la rentrée parlementaire. » 

Le député Soppo Priso était consterné par la mort de Um Nyobè. Le Monde du 24 septembre 1958 rapporte : « La mort d’Um Nyobè est un événement dramatique.

Après l’annonce de la mort du leader de l’UPC, M. Soppo Priso, conseiller de l’Union Française, député de l’Assemblée législative camerounaise, nous a adressé une déclaration dont nous extrayons le passage suivant : ‘Je considère que c’est un événement dramatique pour le Cameroun qui, avec l’avènement prochain de son indépendance, attendait plus que jamais le dénouement de sa longue crise intérieure par une réconciliation nationale où le rôle de M. Um Nyobè aurait pu être important (…) Devant cet événement, au lieu d’envenimer la discorde, on doit précipiter la réconciliation pour que l’unité du pays triomphe dans l’ultime effort pour l’unification et l’indépendance pacifiques et réelles du Cameroun.’ » 

Le 20 octobre 1958, Ahidjo rendait compte devant l’Assemblée législative du Cameroun, des négociations menées avec le gouvernement français sur le statut d’autonomie interne. Il déclarait: « Le Cameroun sera, si vous le désirez et si le pays confirme notre prise de position, indépendant le 1er Janvier 1960 ».

Tirant les conclusions des récents accords, le Chef du Gouvernement précisait que le Cameroun serait représenté au Secrétariat Permanent de la Défense du Haut-commissariat, au Comité Monétaire de la Zone Franc, et qu’il serait consulté par le gouvernement français dans les négociations internationales. Et il poursuivait ainsi, selon le rapporteur :

« Le nouveau statut marque l’accession du Cameroun à l’autonomie interne complète. Le statut est assorti de conventions qui précisent les rapports des gouvernements français et camerounais, a indiqué M. Ahidjo, qui a fait état de la lettre du Ministre de la France d’Outre-mer indiquant que la France est disposée à appuyer dès maintenant toute demande de levée de tutelle qui serait formulée devant l’ONU. »

Répondant à ceux qui exigeaient une « indépendance immédiate et inconditionnelle », M. Ahidjo  faisait remarquer que la levée de tutelle ne pouvait intervenir qu’avec l’accord de l’ONU, lui-même subordonné à une enquête destinée à faire connaître l’opinion du pays. « Il est vraisemblable ajoutait M. Ahidjo, que l’ONU prescrira l’organisation d’un référendum ». Citant l’exemple du Togo britannique, Ahidjo soulignait que cette procédure devait normalement nécessiter un délai de deux ans,  ajoutant :

« Nous apprécions toute l’ampleur de l’œuvre accomplie par la France au Cameroun. Nous lui en resterons reconnaissants et nous continuerons au besoin, à solliciter son aide lorsque nous aurons acquis l’indépendance. Ceci est un problème d’avenir qu’il ne nous appartient pas d’envisager, mais nous pouvons tout au moins rassurer les hommes de bonne volonté qui ont investi et qui continueront, je l’espère à le faire, au Cameroun, sur le sort que leur réservera le gouvernement de ce pays ».

Ahidjo terminait en exprimant son intention de dialoguer en vue de la réunification des deux Cameroun, anciennement britannique et français, déclarant que ce problème « devait recevoir une solution avant la proclamation de l’indépendance ».

Dans Le Monde du 19 décembre 1958: «  Le Cameroun à la veille de l’autonomie interne. La mort d’Um Nyobè a porté un coup décisif au mouvement insurrectionnel de la Sanaga-maritime. M. Ahidjo, Premier ministre du Cameroun, est actuellement à Paris où il a mis au point avec le Gouvernement les conventions qui seront annexées au nouveau statut de son pays et dont le Conseil des ministres délibérera vendredi. Le Cameroun n’accédera à l’indépendance que le 1er  janvier 1960, mais il bénéficiera dès le 1er janvier prochain de sa pleine autonomie interne. Une session spéciale de l’Assemblée Générale de l’ONU examinera le 20 février 1959 l’avenir de ce pays, après avoir étudié le rapport de mission des Nations Unies qui vient de se rendre en novembre et décembre dans la zone française et britannique. »

À la veille de cette mutation, Philippe Decraene s’est rendu au Cameroun, et voici ce qu’il écrit:

« Yaoundé-Décembre. Le samedi 13 septembre 1958, à Boumnyebel, au cœur de la Sanaga-maritime, R Um Nyobè, chef du mouvement insurrectionnel camerounais et fondateur du parti UPC, tombait avec quatre de ses compagnons sous les balles d’une patrouille. Toute une fraction de la population le considérait comme invulnérable, et l’annonce de sa mort produisit une impression de stupeur. Trois mois plus tard, on peut affirmer que la disparition du ‘leader’ nationaliste a porté un coup décisif au mouvement insurrectionnel déclenché par l’UPC.

Qui traverse la Sanaga-maritime s’étonne de voir autour des villages les vestiges d’enceintes de bambous ou d’essences forestières les plus diverses. Avec les consonances étrangement asiatiques des lieux – Makak, Ndom, Ngong-Mpot –, ces fortifications sommaires sont autant de réminiscences indochinoises. Mais le mouvement qui a bénéficié des montagnes de la Sanaga et de leur couverture forestière, et puisé dans le particularisme des tribus Bassas, n’a jamais connu l’ampleur ni l’intensité de la révolution vietminh, ni même de la rébellion algérienne.

Sur une superficie supérieure à celle de trois départements français, le gouvernement camerounais n’engagea d’ailleurs jamais plus de 3.000 hommes de troupe, y compris les gendarmes et les gardes territoriaux. Actuellement, dans la zone de pacification mise en place depuis quelques mois, il ne reste que quelques centaines de soldats qui doivent en principe rejoindre leurs garnisons respectives à Yaoundé et à Douala avant le 1er  janvier 1959. Seul un petit détachement restera en poste à Eseka, chef-lieu de la région. En un an, les rebelles qui n’étaient guère armés que de fusils de chasse ou de traite, n’ont perdu qu’environ 400 hommes. De septembre 1957 à septembre 1958, période la plus active de l’insurrection, ils ont assassiné 75 personnes, en ont enlevé une centaine, et ont incendié près de 200 cases. Les pertes européennes n’atteignent pas 10 hommes.

Il est vrai que l’UPC ne passa au terrorisme insurrectionnel qu’après la création du Comité National d’Organisation (C.N.O) en décembre 1956. Elle avait auparavant déclenché en mai 1955 à New-Bell, quartier africain de Douala, des émeutes qui firent 25 morts, dont plusieurs européens et plus de 200 blessés. Une phase d’intimidation électorale à l’occasion de la consultation de décembre 1956 avait également provoqué de nombreux assassinats politiques. Bien qu’ayant fait ‘abcès de fixation’ dans les forêts de la Sanaga, la rébellion ne ralentit à aucun moment l’activité économique du pays. Ainsi, le directeur de l’usine d’aluminium d’Édéa, qui exporte annuellement 150.000 tonnes de métal, affirme n’avoir jamais eu à s’inquiéter ni du recrutement de la main-d’œuvre ni de la sécurité. Ainsi, l’immense scierie des Bois du Cameroun, installée au cœur du foyer d’agitation à Eseka, n’a jamais ralenti sa production.

Les ralliements se sont multipliés depuis la mort de Um Nyobè : on en a comptés 600 en octobre, et actuellement environ 200 rebelles sont ralliés, ce chiffre représente la presque totalité des effectifs du ‘maquis camerounais’. Les ‘irréductibles’ ne seraient plus que quelques dizaines.

L’action psychologique, les opérations, les regroupements autoritaires de villages, ont eu raison d’un mouvement dont l’instrument d’action révolutionnaire directe – le CNO – avait été démantelé rapidement par les services de sécurité.

Une certaine effervescence est encore observée cependant au Mungo et en pays Bamiléké, région frontalière de l’ouest camerounais, ainsi qu’à Douala dont les 100.000 ‘détribalisés’ constituent une masse de mécontents sensible aux mots d’ordre extrémistes. Les incidents qui ont éclaté le 26 novembre à l’occasion du passage de la mission de l’ONU en ont apporté la preuve. La présence de deux Bamilékés dans l’entourage de M. Félix Moumié, représentant  l’UPC au Caire, a incité ce mouvement à exploiter le tempérament individualiste de ce groupe ethnique. Dressés contre leurs chefs pour de continuelles querelles de terrain, les paysans Bamilékés, qui constituent une bonne masse de manœuvre pour un mouvement révolutionnaire, représentent un tiers de la population camerounaise. Extrêmement entreprenants, très commerçants, intelligents et travailleurs, les Bamilékés ont commencé à émigrer depuis de nombreuses années hors de leur pays montagneux, dont les volcans éteints, les lacs des cratères rappellent étrangement les planèzes du Massif Central. Ils pouvaient donc fournir dans les villes de la côte, où ils ont entrepris une sorte de colonisation méthodique, de précieux agents électoraux.

En 1956, environ un million de FCFA en espèces sont prélevés par l’UPC dans la région Bamiléké et les 30.000 habitants de la Chefferie de Baham,  ‘haut-lieu’ de l’UPC fournissent  400.000 Fcfa par mois. Dans la nuit du 13 au 14 décembre 1957, le jeune député Wanko, élu de Bafoussam, est attaqué et tué malgré ses sentiments progressistes. Des assassinats politiques isolés allaient suivre. Et dans la nuit du 24 au 25 novembre 1958, immédiatement avant le passage de la mission de l’ONU – impressionnée au point d’écourter son voyage – un commando ‘upéciste’ fait encore une démonstration armée à Dschang. Étant donné le lieu où il s’est produit, cet incident incite à s’interroger sur l’attitude britannique. Du bureau du chef de région, on aperçoit en effet la ligne de crête où, à 15 km vers l’Ouest, passe la frontière entre le Cameroun français et le Cameroun anglais. C’est derrière elle que s’abritent les rebelles venus en territoire français faire leurs coups de main. L’expulsion des responsables politiques extrémistes réfugiés à Bamenda, puis à Kumba, en territoire anglais, permet certes aux britanniques de témoigner de leur bonne foi. Mais, n’affirme-t-on pas que le mouvement ‘ One Kamerun’ formé sur leur sol, regroupe une énorme majorité de militants de l’UPC ?

LE TRIUMVIRAT CAIROTE

Une visite à Eseka, au siège de la mission protestante, où repose sous plusieurs dizaines de mètres cubes de ciment le corps de R. U. Nyobè, permet de se faire une idée du désarroi causé chez les rebelles par la mort de ‘ l’Ho-Chi-Minh’ camerounais. Et un entretien avec Mayi Matip, qui fut l’infatigable compagnon de la lutte du SG de l’UPC et qui l’assista dans ses derniers instants, permet de mesurer à quel point est affaiblie l’audience des responsables de ce mouvement qui ont quitté le Cameroun depuis bientôt quatre ans.

Successivement réfugié au Nigeria et au Soudan, coupé des réalités de son pays malgré l’ouverture en 1957 d’une ‘Agence d’information’ au Caire, le triumvirat formé par MM. Félix Moumié, Ernest Ouandié et Abel Kingué est accusé par les combattants d’avoir préféré le confort à l’action directe. Les succès politiques de M. Ahidjo, qui a obtenu en fait ce que l’UPC exigeait, leur a porté un coup fatal. Puisque l’accession du Cameroun à l’indépendance est prévue pour 1960, puisque le principe de la Réunification des deux Cameroun est admis par le gouvernement français, pourquoi poursuivre la lutte armée ?

Les émissions radiophoniques – ‘La Voix du Kamerun’ – qui constituent désormais l’essentiel de l’activité des exilés du Caire, restent pratiquement sans effet. Dans le sud, mal captées, elles s’adressent à des Camerounais qui ne comprennent pas les dialectes arabes. Dans le nord, secteur arabisé, les récepteurs sont très peu nombreux et l’idéologie upéciste de type marxiste n’a, dans ce milieu musulman, pratiquement aucun adepte.

AU-DELÀ DE L’INSURRECTION

En fait, si la rébellion des amis d’Um Nyobè retient encore l’attention des commentateurs, il ne semble plus qu’elle occupe une place prépondérante dans l’actualité politique camerounaise. Plus intéressantes et plus dangereuses aussi sans doute pour le gouvernement camerounais, sont les tentatives de regroupements sous un autre nom des anciennes troupes de l’UPC dans le cadre de la légalité. En effet, avant même que le mouvement disparaisse, certains hommes politiques veulent d’ores et déjà confisquer à leur profit ses luttes et ses succès de naguère. C’est le cas de M. Soppo Priso, leader du Mouvement d’Action Nationale, ancien Président de l’Assemblée Législative, le ‘Lamine Gueye de Douala’, dont la popularité paraît avoir souffert des récentes victoires du gouvernement de M. Ahidjo. C’est surtout le cas d’une personnalité de la seconde vague, le Dr. Bebey Eyidi, inconnu en métropole, battu en 1951 puis en 1956 aux élections législatives, en mars 1952 aux élections à l’Assemblée Territoriale. Il est plus proche que M. Soppo Priso des thèses d’Um Nyobè, et il s’est assuré une solide audience à Douala et dans la région du Wouri. Avant même d’arbitrer ces rivalités politiques, le gouvernement camerounais a une tâche à accomplir : la ‘ rentrée dans le rang’, qui s’annonce délicate, des chefs traditionnels Bamilékés, souverains de l’ouest  et plus encore des ‘ lamibés’ musulmans du nord. Les uns et les autres ont une audience politique plus large que les souverains coutumiers de l’AOF. Ils sont donc plus aptes à affronter le pouvoir central. Par l’intermédiaire de M. Ahidjo, originaire de Garoua, les sultans peuhls arabisés espèrent peut-être – fut-ce au prix d’une alliance passagère avec les Bamilékés – tenter la conquête politique de ce sud, dont ils furent longtemps les maîtres. Mais l’actuel Premier ministre ne paraît pas disposé à n’être plus lui-même qu’un ‘lamibé’ parmi ses nouveaux pairs. (Philippe Decraene) » 

Dr Daniel YAGNYE TOM

Représentant spécial de l’UPC en Afrique centrale et Australe 

Président de l’Alliance Patriotique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *