Origine du Contentieux Historique !
Le Contentieux Historique est d’origine coloniale et implique, à titre principal, la France et la Grande-Bretagne, puissances tutélaires de 1946 à 1960. En tout cas, dans un film documentaire récent, Cameroun- autopsie d’une indépendance, de hauts responsables français, dont Jean Foyer en particulier, ministre français de la coopération entre 1960 et 1962, soulignent clairement le rôle de la France. (14) Il en est de même dans une conférence encore d’actualité : Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique. (15) Cette implication est aussi clairement visible dans l’art. 1er du régime de la tutelle approuvé par l’Assemblée Générale des Nations Unies, approuvant le régime de tutelle pour le Cameroun britannique. (16)
L’art. 75 de la Charte des Nations Unies signée à San Francisco le 26 juin 1946 prévoit l’établissement d’un régime international de Tutelle, et l’article 77, l’application de ce régime aux des territoires précédemment placés sous le régime du Mandat. Le Cameroun britannique avait été,
1 – cameroun-autopsie-d-une- independance_webcam.
2 – http://www.youtube.com/watch?v=jstaVFRzVpg.
3 – : http://www.cameroon50.cm/telechargement /accord_de_tutelle_sous_ administration_britanique.pdf
jusqu’à cette date, administré conformément à l’article 22 du Pacte de la Société des Nations (SDN). Le passage au régime de tutelle insistait sur le respect des dispositions conformes de ce régime prévues par la Charte des Nations Unies, en particulier les articles 57, 76, 76b, 83 ou 85, 87, 88, dont nous examinerons brièvement les applications particulières.
L’accord de tutelle qui place le Cameroun oriental sous-tutelle française date du 13 décembre 1946. La Constitution française du 27 octobre 1946 avait alors déjà transformé le Cameroun en « territoire associé », intégré à l’Union française. Catégorie intermédiaire, n’étant ni un terri- toire d’outre-mer (ce qui en aurait fait une collectivité publique partie intégrante du territoire français) ni un « État associé » (ce qui lui aurait permis d’être représenté à l’Assemblée de l’Union française), le terri- toire associé du Cameroun deviendra, après moult péripéties, et par la grâce d’une loi prise sous Guy Mollet, « État sous tutelle du Cameroun » (décret n° 57-501 du 16 avril 1957 portant statut du Cameroun). L’UnionFrançaise, dont le Cameroun faisait partie, fut dissoute le 4 octobre 1958 et remplacée par la Communauté française. Contrairement à l’Union qui relevait du droit international et comportait la France et ses territoires d’outre-mer et États associés, la Communauté relevait du droit interne et n’incorporait que la France et certains de ces territoires d’outre-mer. Le Cameroun français ne fit jamais partie de la Communauté. En conséquence, le gouvernement français de Michel Debré allait, par ordonnance du 58-1375 du 30 décembre 1958, le transformer en « État du Cameroun ». C’est cet État du Cameroun sous-tutelle française qui allait, en devenant « indépendant » le 1er janvier 1960, prendre le nom de
« République du Cameroun ». Un référendum conduit sous les auspices de l’ONU de 1959 à 1961 la partie septentrionale fut «remise» au Nigeria qui devenait indépendante, avec le Nigeria.
La jeune république du Cameroun recouru aux Nations Unies et à la Grande Bretagne contre les résultats de ce référendum jugé frauduleux, mais ces recours n’avaient pas de réponses positives : la France et la Grande Bretagne avaient déjà l’intention de diviser la partie anglo- phone du Kamerun et de la répartir, le Nord pour le Nigeria, le Sud pour le Cameroun.
La situation du Southern Cameroons posait problème. De nombreuses tractations entre Amadou Ahidjo et John Ngu Foncha menèrent à la Conférence de Foumban, qui conclut, le 1er octobre 1961, la création d’un État fédéral composé de la République du Cameroun « indépendant » le 1er janvier, et le Southern Cameroons britannique. Cet accord sera violé en 1972 de la manière la plus cynique, posant les jalons des revendications séparatistes qui agitent l’opinion depuis plus de vingt ans. La France et la Grande-Bretagne ne sont pas étrangères à cet irrédentisme : la France, soutenue par la Grande-Bretagne, avec la connivence de l’Occident, a créé le contentieux national avec l’annexion de 1972 comme la partie la plus visible de son agression. Il fallait à tout prix court-circuiter l’agenda Upéciste qui privilégiait d’abord la Réunification comme condition indispensable et préalable à l’Indépendance, ce qui amenait le Cameroun vers un Fédéralisme par le dialogue ! Mais la proclamation unilatérale de la République du Cameroun en 1984 a aggravé le sentiment d’annexion et de marginalisation chez les concitoyens camerounais de la rive droite du fleuve Mungo.
Contrairement à ce qui s’est fait ces dernières années où l’UPC n’a pas donné à la question du Southern Cameroons l’importance qu’elle mérite, il va falloir que la nouvelle Dynamique pour sa refondation se prononce ouvertement pour le Fédéralisme, afin non seulement de corriger les erreurs du passé mais aussi de commencer un grand travail avec les « anglophones ». Ainsi pourra-t-on créer les conditions d’un même sentiment de passé commun, d’appartenance nationale et d’avenir commun entre « Anglophones » et « Francophones ».
Ce qui fait aujourd’hui que l’une des solutions des conséquences du Contentieux Historique passe par la récupération par voie diplomatique par le Kamerun de sa partie septentrionale.
En survolant ainsi rapidement le niveau d’implication du gouvernement français dans la destinée de notre pays, on prend la mesure de sa responsabilité dans les événements qui allaient marquer durablement, et d’une manière tragique qui dure à ce jour, l’histoire de ce pays. Ce bref survol ne s’attarde pas sur la situation très particulière de l’UPC, qui sera examinée au fur et à mesure des développements postérieurs.
Dr Daniel Yagnye Tom
Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC
En Afrique Australe et Centrale.