Contentieux NationalDr Daniel YAGNYE TOMNotre cause

Le Président Paul BIYA et le Contentieux Historique : Discours du 31 décembre 2022 !

Le 31 décembre 2022, comme de tradition, le président Paul BIYA s’est adressé à la nation camerounaise, dans un discours « aérien » qui semble embrasser tout, sans rien « étreindre » !

Le 1er point qui nous interpelle dans ce discours relève du domaine pétrolier, un labyrinthe « Made In Cameroon », où seuls les « initiés » peuvent s’y retrouver.

Monsieur Paul BIYA : « Pour garantir l’approvisionnement régulier du marché domestique en produits pétroliers et en gaz domestique, il a fallu augmenter le volume des subventions publiques, au prix d’importants efforts budgétaires. C’est ainsi qu’au cours de l’année 2022, près de 700 milliards de Francs CFA ont été dépensés par le Trésor Public au titre des subventions pour les carburants et 75 milliards de Francs CFA pour le gaz domestique. »

Il n’est point besoin de se rendre en Occident pour avoir un outil de comparaison, afin de montrer clairement ce que cette sortie du président Biya voudrait cacher : le poids du contentieux historique Cameroun-France dans la vie quotidienne des camerounaises et des camerounais.

Nous prendrons l’Angola, ce pays où je vis mon exil politique depuis bientôt 37 ans,  et dont le tissu économique et social avait été totalement détruit après l’indépendance acquise en 1975, par une guerre fratricide qui a duré plusieurs décennies jusqu’en 2002. 20 ans seulement après la guerre,  l’Angola offre aux yeux du monde l’image d’un pays africain, libre, fier de ses réussites économiques et sociales, ses différentes infrastructures, des villes et des cités qui poussent comme des champignons un peu partout dans le pays, la magnifique baie de Luanda… Pays libre de choisir ses partenaires, pour le bien-être de ses populations, avec une monnaie nationale : le Kwanza, créé en 1976 moins d’une année après la proclamation de l’indépendance du pays, alors que le pays ne comptait même pas 3 économistes…monnaie dont la parité avec l’Euro est :

 1 Euro = 534 Kwanzas.

Peut-on en dire autant du Cameroun, 62 ans après la pseudo-indépendance du 1er janvier 1960  et son Franc CFA à 655 Frs pour 1 Euro ? 

Qui peut dire ce qui en est véritablement  du pétrole Camerounais depuis le début du forage de la première goutte de ce pétrole jusqu’à ce jour ?  Il n’est un secret pour personne que l’exploitation de notre pétrole profite prioritairement à la France avec son franc CFA. 

– Bien que subventionné par l’Etat, le prix du litre d’essence  en Angola était de 160 Kwanzas angolais, soit 195 francs CFA au 02 janvier 2023.

– Avec la subvention des produits pétroliers au Cameroun, le prix  du litre d’essence est de 630 francs CFA !

– Quant au gaz domestique, la bouteille coûte 1500 Kwanzas, soit 1845 francs CFA.

– Au Cameroun le prix du gaz domestique est de 6500 francs CFA. 

 Il n’est nullement besoin d’être un économiste chevronné pour faire la soustraction entre le prix des 02 bouteilles de gaz. 4655 francs CFA de plus pour une bouteille au Cameroun.  Qu’est-ce qui est fait de ces « 4655  francs supplémentaires » ? Pourtant dans ce pays frère, pour une bouteille à 1500  kwanzas, (1845 francs CFA),  la société qui produit le gaz a son bénéfice, l’État prélève son impôt, le distributeur a sa marge bénéficiaire… 

Comment expliquer cette énorme différence pour un pays producteur de pétrole tel que le Cameroun ? Il faudrait simplement comprendre que par la société nationale d’hydrocarbures SONANGOL, le pétrole d’Angola  appartient aux angolais. Ils sont ainsi libres de choisir leurs partenaires. 

Durant ce temps,  Monsieur Paul Biya ne peut que déclarer : « Cependant, il est de plus en plus évident que notre pays (…) ne pourra pas indéfiniment échapper à un réajustement des prix des produits pétroliers, si nous voulons préserver nos équilibres budgétaires et poursuivre sereinement la mise en œuvre de notre politique de développement. ». Avec un litre d’essence à 630 francs CFA, et le spectre d’une hausse du prix du carburant, comment le Camerounais va t’il s’en sortir, Monsieur le président ?

 Même scénario sur la gestion de l’électricité en Angola. Subventionné, le prix du KWh est pour les ménages de 11.83 Kwanzas, (14.53 francs CFA),  pour les entreprises 9.64 kwanzas, (11.84 francs CFA). Ceci est rendu possible parce que la production,  la gestion et la distribution de l’électricité sont entre les mains des sociétés Angolaises. Il en est de même pour l’eau. 

 D’un autre côté, que penser de la société ENEO, devenue tristement célèbre sur la toile, avec ses coupures intempestives d’énergie qui mettent à mal les ménages et le tissu économique du pays ? Comment peut-on faire tourner une économie ainsi, alors qu’il y a plusieurs barrages hydroélectriques qui n’arrivent pas à satisfaire aux nécessités du pays ? 

Chaque jour, ce sont des grincements de dents  contre la société Camwater. Il est incroyable qu’en 2022 dans les capitales économique et politique du Cameroun,  la société des Eaux Camwater ait mis en place un vaste programme d’approvisionnement par camions citernes, en plein cœur de ces deux villes ! Que dire de la situation dans l’arrière pays ?

Toujours, selon le président Biya, «  Le lancement des travaux de construction de la section urbaine de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen et l’accélération des travaux de l’autoroute Douala-Yaoundé figureront au rang des priorités du Gouvernement. »

Et cet « axe lourd » Douala – Yaoundé,  qui mérite plus le nom « axe de la mort » qui voit des centaines de familles endeuillées chaque année ! Cet axe qui donne sur deux ports importants du pays, (Douala et Kribi) fait partie du « corridor Douala, Bangui, Ndjamena » dont la caractéristique est pour les transporteurs, synonyme de corruption et tracasseries en tous genres. 

Et  la société ferroviaire  Camrail avec son unique train Douala/Yaoundé par jour ? Et Bolloré qui vient de « jeter l’éponge » après 23  années de siphonage du rail camerounais !

Monsieur le Président de la République, que penser de Camair-Co,  compagnie aérienne en piteux état qui engloutit année après année des subventions faramineuses de l’État pour tenter de survivre ? Une honte nationale ! Pendant ce temps, la compagnie angolaise TAAG possède  21 avions actuellement (avec intention ferme d’acheter 24 autres durant seule année 2023). Elle dessert 14 destinations à l’intérieur de l’Angola, sans compter un trafic aérien interafricain et intercontinental constant !

 Certes, tout n’est pas parfait dans ce pays qui est entrain de se construire. Mais il s’agit de seulement 20 années de construction dans une Angola où l’écrasante majorité des banques sont entre les mains des Angolais, les sociétés de téléphonie mobile sont nationales, un satellite de télécommunications a été placé en orbite courant 2022, l’exploitation des diamants, du sol et du sous-sol  en général sont sous la supervision étroite des entités Angolaises. On est en droit légitime de se poser la question de savoir ce que l’État du Cameroun, créé depuis plus de six décennies par la France, fait des biens de ce pays. 

Pour en revenir au problème de la FrançAfrique ou plutôt au Contentieux Historique Cameroun France voilà un groupe, en l’occurrence Bolloré, qui nous donne l’illustration d’un exemple patent d’une nébuleuse où sont tissés des liens occultes totalement iniques, et où des milliards sont en train d’être versés à un groupe sans que le président  de la république du Cameroun s’en émeuve, et pense à informer son peuple.

Plus inquiétant et tout aussi frappant dans ce discours, c’est le silence stupéfiant du président Paul Biya sur  la cession de Bolloré Africa Logistics (BAL) à l’armateur italo-suisse : Mediterranean Shipping Company (MSC). 

Sur le site de Bolloré nous pouvons lire : « Après avoir obtenu les autorisations réglementaires et des autorités de concurrence qui conditionnaient la réalisation de l’opération, le Groupe Bolloré a annoncé le 21 décembre 2022 la cession de 100% de Bolloré Africa Logistics au Groupe MSC. Elle concerne l’ensemble des activités de transport et de logistique du Groupe Bolloré en Afrique ».

Cette transaction s’élève à un montant global de  5.7  milliards d’euros, soit environ 3 740 milliards de francs CFA. Cette opération concerne aussi le Cameroun ! Car le groupe de Vincent Bolloré, durant des décennies,  a fait partie et va continuer de faire partie intégrante du paysage socio-politico-économique du Cameroun. Curieusement, le départ de ce groupe dans un secteur aussi fondamental que les activités de transport et de logistique, semble être un non-évènement pour le président Paul Biya.

Lorsque l’on sait la sphère d’activités de Bolloré au Cameroun, on comprend aisément que cet accord de cession au groupe italo-suisse, touche à la vie même de plusieurs milliers de travailleurs Camerounais et à l’essence même de certains acquis de notre souveraineté nationale. Le tout n’est pas de partir, car un bilan des activités de Bolloré doit être mis au clair, notamment au niveau du :

– Parc à bois du port de Douala durant 30 ans,

– Port autonome de Douala durant 15 ans,

– La société Camrail durant 23 ans, 

– La Société d’exploitation des parcs à bois du Cameroun (SEPBC) durant 30 ans

– Le « Kribi Logistics Hub »

– Etc.

La liste des activités de Bolloré au Cameroun durant plusieurs décennies est longue. Face à cette vente historique, il est du devoir du Chef de l’Etat d’un pays dit souverain d’en informer son peuple. Malgré ce départ, le groupe Bolloré reste et demeure au cœur du contentieux historique Cameroun – France, comme l’un des plus monstrueux prédateurs de notre pays.

Un petit rappel sur les activités générales  du groupe  « Bolloré Transport & Logistics Cameroun », créé en 1947, dont certaines viennent d’être cédées :

 – La ligne ferroviaire Camrail  

– Le Port Autonome de Douala 

– La Société d’exploitation des parcs à bois du Cameroun (SEPBC)

– le « Kribi Logistics Hub »

– deux sociétés d’exploitations forestières : la HFC-Forestière de Campo et la   SIBAF, Société industrielle des bois africains.

– Le fret aérien et maritime (conteneur FCL/LCL),

– le transport terrestre,

– le courtage en douane,

– l’entreposage et la distribution,

– l’exploitation minière

– l’aide humanitaire,

– le pétrole

– le gaz,

– les aliments,

– les boissons,

– les projets industriels,

– les technologies,

– l’énergie,

– les produits de base hors métaux.

Dans ce discours, le président Paul BIYA affirme : « Avant de conclure, je voudrais appeler votre attention sur deux fléaux qui prennent une certaine ampleur dans notre société. Il s’agit de la corruption et de l’incivisme.

L’an dernier, dans des circonstances similaires, je vous avais fait part de mon souci de renforcer la gouvernance dans la gestion des affaires publiques et de maîtriser les dépenses de l’Etat. Je peux vous assurer que ce souci demeure constant et intangible. Aussi, je tiens une fois encore à rappeler que tous ceux qui s’enrichissent illicitement, en spoliant l’Etat, à quelque niveau que ce soit, vont rendre des comptes ».

Monsieur le Président de la République, les Camerounais ont le droit de savoir comment les lignes 94 et 65  ont été gérées par le Ministère de l’Economie, de la Planification, de l’Aménagement du Territoire et le Ministère des Finances. Pour la ligne 94, de 2010 à 2021, près de 18 50 milliards de francs CFA ont été dépensés de façon totalement opaque. Il s’agit de l’argent du contribuable camerounais, qui a été distribué au gré du bon vouloir de ceux qui en ont la gestion, à une bande de copains cleptomanes et criminels. Car comment comprendre qu’au cours d’une plénière à l’Assemblée nationale camerounaise en novembre 2022, le ministre des Finances n’ait pu répondre de façon claire aux questions d’un député, sur cette question de 1850 milliards francs CFA distraits des caisses de l’Etat sans traces ?

Durant ce temps les fonctionnaires sont miséreux à moins d’avoir l’opportunité de « braquer » les usagers ou de puiser dans les caisses de l’État providence. Le secteur privé ploie sous une chape de corruption endémique. Le secteur informel, n’en parlons pas. 

Nous ne parlons même pas des marchés publics aux montants scandaleux qui sont donnés aux copains,  année après année avec des rétro-commissions faramineuses.  C’est hallucinant d’écœurement. Détournements et scandales financiers à longueur d’années sans honte de la part d’une  minorité ayant accès à la fortune publique. 

La corruption rampante et galopante dans laquelle notre pays baigne doit vous interpeller davantage et vous mener à bien plus d’actions que de paroles. Car les prisons sont remplies de gestionnaires indélicats, mais ça ne décourage pas les détourneurs de fonds, qui sont vos principaux collaborateurs !

 Plus triste encore, des centaines d’étudiants sont déversés chaque année sur le marché de l’emploi, sans espoir de travail.

Que dire de l’affaire de la COVID 19, dont les milliards se sont « évaporés » entre les gestionnaires de fonds indélicats et les réels bénéficiaires ?

Les hôpitaux sont des miroirs. Pour preuve au moindre « bobo », l’élite cleptomane prend l’avion au frais du contribuable pour d’autres cieux, afin d’y recevoir des soins appropriés.

Durant ce temps, la nouvelle loi de finances 2023 est « sans pitié » pour le contribuable camerounais avec une hausse inexplicable qui va venir « plomber» le budget, déjà exsangue du pauvre citoyen camerounais. Le prix du panier de la ménagère devient  insupportable, et évoquer le conflit Russo-Ukrainien est une tentative de dissimuler les chaînes qui nous lient à la France. Puisque ce n’est pas à notre pays, de payer une partie de la facture de l’engagement de la France dans ce conflit.  

Sur un autre point, comme de coutume pendant ses 40 ans de règne, c’est avec le même mépris pour le sang versé, de centaines de milliers de Camerounaises et  Camerounais pendant la guerre pour la Réunification et l’Indépendance que Monsieur Biya, s’adressant au peuple Camerounais le 31 Décembre, a soigneusement évité d’évoquer la date du 1er janvier 1960.  Date à laquelle le Cameroun, au lieu de prendre son envol de façon définitive, plonge dans un obscurantisme effrayant.

Le contentieux historique Cameroun – France est le point central de cette lutte pour l’appropriation par le Camerounais de son histoire, de son territoire, de sa vie en général.  Les problèmes soulevés ici, sont d’une actualité brûlante. Tous ces faits sont l’émanation d’un système pernicieux imposé depuis les années 50 par la France, qui nous a « accordé » une autonomie le 1er janvier 1960 au lieu d’une véritable indépendance. Autonomie qui a instauré des comportements kleptomanes et pervers tant par la France que par les Camerounais. Tant que la racine du problème camerounais ne sera pas éradiquée, tant qu’il n’y aura pas un stop pour voir ce qui ne va pas, les mêmes causes de corruption vont reproduire les mêmes manifestations de misère et de déchéance. Si le diagnostic est mal posé pour un malade, vous imaginez la catastrophe. 

En conclusion, étant en 2023, nous camerounais, avons le légitime droit de vous posers cette question capitale : « Monsieur le président de la République du Cameroun, pouvez-vous dire sincèrement au peuple camerounais que vous êtes en phase avec le Cameroun actuel et son fonctionnement ? Etes-vous fiers de léguer cet héritage à nos enfants, après 40 ans de pouvoir sans partage ?

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

En Afrique Australe et Centrale.

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