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23 MARS 1988 – 23 MARS 2024 : COMMEMORATION DE LA VICTOIRE DE LA BATAILLE DE CUITO CUANAVALE, QUI IMPOSA LA LIBERATION DE N. MANDELA ET LA FIN DE L’APARTHEID.

« Cuito Cuanavale » ! Quelle signification a ce nom pour la jeunesse africaine aujourd’hui ? Ce nom ne rappelle presque rien aux africains, et pas seulement aux jeunes. A très peu de personnes il renvoie à quelque chose, et pourtant c’est dans cette localité angolaise que s’est déroulée la plus importante bataille d’Afrique, depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale en 1945. C’est une bataille dont l’issue a radicalement changé la face de notre continent en imposant la libération de Nelson Mandela et l’indépendance de la Namibie, tout comme la fin du régime raciste de l’Apartheid. Pourquoi cette bataille n’est pas connue? Pourquoi elle n’occupe pas sa digne place dans l’histoire de l’Afrique? Et surtout pourquoi nos panafricanistes n’en parlent pas du tout ?

LA BATAILLE.

Plus de 40.000 soldats participèrent à cette bataille au début, d’un côté environ 20.000 soldats des forces armées populaires de libération de l’Angola ( FAPLA ) du gouvernement angolais et 5000 militaires cubains, de l’autre, environ 10.000 soldats des FALA de l’UNITA et 7000 militaires sud-africains des South african defense forces ( SADF ). Mais des renforts furent nécessaires notamment ceux des Forces Armées Révolutionnaires (FAR) cubaines dont l’opération fut baptisée  » Manœuvre 31 ème Anniversaire des FAR ».

La bataille qui dura presque quatre mois, commença le 15 Novembre 1987 avec des hauts et des bas et se termina le 23 Mars 1988. Il est important de revenir au contexte de cette époque, où l’Afrique du Sud faisait carrément frontière avec l’Angola en occupant la Namibie, où étaient ses forces déterminées à contrôler cette région, afin de ne pas permettre que les forces de la SWAPO namibienne puissent menacer le régime de l’Apartheid. Ce fut la plus longue bataille déclenchée par une grande offensive dans le sud-est du pays, l’une des épisodes les plus sanglantes de la guerre civile angolaise, avec plus de 4000 morts du côté angolais et cubain afin de stopper l’offensive de l’UNITA et des SADF, grâce aux MIG 23 qui donnèrent un avantage considérable aux forces gouvernementales et imposèrent leur suprématie aérienne pour la suite de cette bataille. Après un dernier assaut en Mars et une nouvelle défaite, Pretoria s’installa à la table des négociations en juillet.  La résolution 435/88 de l’ONU issue de ces négociations planifiait des élections en Namibie (qui obtînt son indépendance le 21 Mars 1990) et le retrait d’environ 55.000 militaires cubains.

UNE CONTROVERSE INUTILE ET DÉPASSÉE.

Ce qui demeure curieux et difficilement compréhensible aujourd’hui, c’est le fait que les deux parties revendiquèrent la victoire, d’un côté les forces armées gouvernementales angolaises affirmaient que la défense héroïque de Cuito Cuanavale empêcha que l’Afrique du Sud raciste envahisse l’Angola, de l’autre, les sud-africains qui divulguaient que leur victoire empêcha l’avancée du communisme.

Ce qui est évident c’est que le 22 Décembre 1988 à New-York, un accord fut signé entre l’Angola, Cuba et l’Afrique du Sud sous l’égide de l’URSS et des USA. À cette table de négociations on pouvait noter l’absence d’un important protagoniste, ce qui reflétait la photographie du réel rapport de forces sur le terrain qui découlait de cette bataille où s’était jouée d’une part, l’hégémonie des forces politiques internes angolaises et de l’autre, celle des puissances mondiales USA et URSS.

SON IMPORTANCE  POUR L’AFRIQUE.

Pour Nelson Mandela,  » L’écrasante défaite de l’armée raciste à Cuito Cuanavale, a marqué le tournant de la lutte de libération…c’est une victoire pour toute l’Afrique ». En effet c’est cette victoire qui dicta la fin du régime de l’Apartheid en Afrique du Sud, la libération de Nelson Mandela et l’indépendance de la Namibie.

Il est évident que Nelson Mandela, qui avait déjà passé vingt sept ans en prison sans émouvoir les principaux pays occidentaux alliés de l’Afrique du Sud raciste, aurait pu  y passer encore une décennie, si ce n’était pas cette victoire qui fut une défaite non seulement de l’armée sud-africaine raciste, mais aussi celle de ses alliés occidentaux viscéralement animés par l’esprit de Berlin 1884. Pour notre Afrique noire longtemps piétinée et humiliée pendant des siècles par l’esclavage, la traite négrière, le colonialisme et le néocolonialisme, cette victoire constituait un tournant historique, un formidable espoir ! Elle montrait la possibilité de vaincre cet homme blanc qui avait pour idéologie sa suprématie sur le noir africain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, l’occident s’attela à ce que le continent africain en particulier, et le monde entier en général, ne sachent rien sur cette défaite. Une campagne internationale largement médiatisée fut orchestrée autour de Nelson Mandela afin d’asphyxier la victoire de la bataille de Cuito Cuanavale. Subitement le terroriste et infréquentable subversif Nelson Mandela était vénéré partout dans le monde, on ne parlait plus que de lui, et pas un seul mot de l’événement grandiose et historique qui avait permis sa libération. Sans diminuer la dimension internationale exceptionnelle de l’illustre personnalité et sa carrure extraordinaire, la vérité c’est que plusieurs décennies après cette victoire, celle-ci n’est toujours pas connue dans notre continent.

AUJOURD’HUI .

Au moment où un peu partout dans le continent on parle de panafricanisme, il est opportun de montrer aux populations africaines et à sa jeunesse, des exemples vivants de solidarité et de fraternité panafricaines.

La libération de l’Afrique Australe a coûté un prix extrêmement cher à l’Angola et à ses populations, qui ont souffert des permanents raids de l’aviation sud-africaine raciste, d’innombrables pertes humaines et d’importants dégâts matériels avec une réelle dévastation des importantes infrastructures économiques.

Et pourtant un autre choix aurait pu être tenté par l’Angola, qui pouvait à l’instar de la république de Mozambique à Nkomati en 1984, signer un accord de non agression avec le régime raciste sud-africain, mais inspiré par la pensée du Président Antonio Agostinho Neto selon laquelle  » En Namibie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud est la continuité de notre lutte », le gouvernement angolais malgré ses modestes moyens, tel David contre Goliath, opta pour la lutte et la libération de toute l’Afrique Australe. Luanda se transformait ainsi en une ville où déambulaient plusieurs nationaux africains armés jusqu’aux dents, namibiens, sud-africains et katanguais, un cas unique en Afrique !

La victoire de la bataille de Cuito Cuanavale devrait être une source d’inspiration pour toute l’Afrique et sa jeunesse, un moment héroïque lui rappelant qu’elle est capable de relever tous ses défis de développement et de souveraineté, puisque ce fut un acte de résistance historique, où des combattants angolais et cubains ont écrit des pages indélébiles de l’histoire de notre continent avec le sang, les larmes et la sueur.

Dr Daniel YAGNYE TOM

Représentant spécial de l’UPC en Afrique Centrale et Australe.

Président de l’Alliance Patriotique.

1- Pierre Houpert Jeune Afrique  12 Janvier 2017 « La bataille de Cuito Cuanavale, apogée de la présence cubaine en Afrique ».

2- Paul Barbazanga  » Cuito Cuanavale, la bataille qui mit fin à l’Apartheid » PCF 1 er Avril 2013.

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