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Contentieux France Cameroun

MACRON ET LE CONTENTIEUX HISTORIQUE FRANCO-AFRICAIN.  Ouagadougou : aveux, culot et démagogie.

Dans une atmosphère assez tendue, une grenade a été lancée contre les soldats français peu avant l’arrivée du Président français. Des jets de pierres ont été lancés sur un minibus de la délégation française, plusieurs manifestations ont eu lieu dans la ville et des étudiants scandaient dans la salle “À bas l’impérialisme!”. La tâche du Président Macron n’était pas facile, il savait qu’il ne s’adressait pas à un auditoire conquis d’avance, malgré la sélection des étudiants et celle des questions qui avaient été faites auparavant, afin que son intervention se déroule sans soubresauts.

Qu’a dit le Président Macron à Ouagadougou le mardi 28 novembre à l’amphithéâtre de l’Université de Ouagadougou 1 – Professeur Joseph Ki Zerbo ? Quel est le message qu’il a voulu passer à l’Afrique “francophone” ? Quelles sont les premières réflexions que peut suggérer cette rencontre ?

UN ACTE DE GRANDE VALEUR SYMBOLIQUE : DÉBAPTISER LE BOULEVARD GÉNÉRAL CHARLES DE GAULLE !

Parmi tous les actes des étudiants burkinabés, une action de haute portée symbolique n’est pas passée inaperçue : en débaptisant le boulevard Général Charles de Gaulle et en le rebaptisant boulevard Thomas Sankara, ils s’attaquaient au Général de Gaulle, le cerveau et le responsable du contentieux historique franco-africain, le principal artisan de la Françafrique, l’instigateur des massacres et du pillage des ressources de notre continent.

AVEUX ET MÉPRIS

Conscient qu’il naviguait dans des eaux agitées à cause de l’effet dévastateur de ses précédentes déclarations sur l’Afrique (sa démographie, le FCFA…), le Président français avait comme priorité le changement de cap. D’entrée, il a fait référence à Thomas Sankara, ensuite a ajouté qu’il avait l’intention de rompre avec le passé, et puis il a rassuré en disant qu’il n’était pas là pour donner des leçons.

Sans tarder, Macron a rapidement servi cette “nouveauté” : “Je ne suis pas venu définir la politique africaine de la France. Il n’y a plus de politique africaine de la France”. Peu de temps après, il a reconnu : “Les crimes de la colonisation sont incontestables, c’est un passé qui doit passer”. Comment vouloir paraître jeune, sympathique et intéressant devant les Africains, tout en cherchant à leur faire avaler les vieilles couleuvres de la Françafrique ? Telle était la difficile équation que devait résoudre le Président français.

Avec ces premières déclarations, le Président Macron reconnaissait le passé néfaste de son pays en Afrique, raison pour laquelle il disait vouloir rompre avec ce passé et ne plus donner des leçons aux Africains, comme ses prédécesseurs l’avaient toujours fait.

Comme le Président français ne voulait rien assumer, ni rendre des comptes sur la politique africaine de la France, il a choisi la formule “il n’y a plus de politique africaine de la France” pour leur dire que la France va continuer avec la Françafrique sans l’appeler Françafrique, sans la nommer, puisque lui, Macron, la rendra anonyme, comme les Africains ne veulent plus entendre parler d’elle.

En évoquant les crimes incontestables du colonialisme européen, le Président Macron reconnaissait l’existence du contentieux historique franco-africain, mais la France ne voulant pas assumer ses crimes, c’est un passé qui doit passer, faisant semblant de ne pas se rendre compte que c’était un manque de respect et de considération pour les peuples africains, que de dire que des assassinats, des génocides, des pillages pouvaient faire partie d’un passé qui devrait passer, sans en débattre avec les Africains, afin d’assumer toutes les responsabilités et toutes les conséquences.

Dans une partie de son intervention, le Président français a réussi à camoufler sa tension interne qui expliquait certains de ses dérapages comme son tutoiement et ses moqueries déplacées lorsqu’il a dit du Président Kaboré qu’il était parti réparer la climatisation. Mais il n’a pas tenu longtemps puisqu’il n’a pas pu résister aux questions des étudiants qui ont fait tomber son masque.

CULOT ET RIDICULE : Sur la présence militaire française.

Voici ce qu’a rétorqué le Président français à une étudiante qui lui faisait comprendre que la France offrait plus de soldats à l’Afrique que de visas aux étudiants africains : “C’est comme ça que vous parlez des soldats français ? Vous ne leur devez qu’une chose aux soldats français, les applaudir”. Après les réseaux Foccart et les cellules élyséennes de l’Afrique qui ont bien entretenu et musclé la Françafrique, voici la trouvaille du Président Macron, qui, nous l’espérons, l’aidera à mieux connaître notre continent, puisqu’il semble ne pas comprendre que la jeunesse africaine ne veut plus de militaires français en Afrique. Y a-t-il des militaires africains en France ? Il n’y a donc AUCUNE raison qui justifie la présence de militaires français en Afrique ! L’Afrique a certainement besoin d’un soutien militaire dans sa logistique, mais elle n’a pas besoin de soldats étrangers, non africains.

Sur le franc CFA.

Lorsqu’un étudiant lui a parlé du FCFA et des réserves africaines d’or dans le trésor français, Macron a justifié sans blague le maintien du FCFA par le fait que la France en était la garante, il a ajouté : “Il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste” avant de conclure : “Si le Président Kaboré veut sortir du franc CFA, il peut le faire quand il veut”. Pourquoi le Président Macron ne peut-il pas accepter le transfert du siège de la Banque de France en Afrique ? Pourquoi serait-il contre un éventuel déplacement de ce siège à Berlin, à Madrid ou à Lisbonne ? Pourquoi les Africains devraient-ils traverser des océans pour trouver un garant de leur monnaie, comme Macron essaie de justifier la continuité de la mainmise de la France sur les finances africaines ? On constate que la France tient à tout prix à être la garante des biens africains, mais en même temps, elle fait savoir qu’elle est incapable “d’accueillir toute notre misère” en garantissant un minimum de dignité humaine à nos jeunes qui végètent un peu partout en Europe. Macron fait semblant de ne pas comprendre que c’est de notre souveraineté financière et économique qu’il s’agit lorsque les étudiants parlent du FCFA. Il n’y aura pas de “sortie” du FCFA tel que le suggère le Président Macron, les choses ne se passeront pas ainsi puisque le FCFA n’appartient pas à la France. Les Africains vont simplement se le réapproprier, changer son nom, installer son siège en Afrique, créer un audit international afin d’évaluer son fonctionnement pendant ces dernières décennies. La France était en Indochine et en Algérie, elle en est partie sans un cordon financier de servitude monétaire de type FCFA, c’est de cela qu’il s’agit aujourd’hui pour les pays africains dits “francophones”.

Sur la Libye et la crise migratoire.

“Je n’aurais pas soutenu l’intervention en Libye… je ne suis pas pour des interventions de l’extérieur qui viennent déstabiliser la situation politique… qui sont les trafiquants ? Ce sont les Africains eux-mêmes. Arrêtez de dire que le problème c’est l’autre. Présentez-moi un passeur belge, français, allemand ou que sais-je encore ? Vous n’en trouverez pas !”. Le Président Macron fait semblant de ne pas comprendre pourquoi les étudiants africains s’adressent à lui de cette manière… “vous me parlez comme si j’étais toujours une présence coloniale” a-t-il rétorqué à une étudiante. Tant que la France n’ôtera pas ses mains de l’Afrique, en rendant le FCFA et toutes les réserves africaines à l’Afrique, en retirant ses soldats du continent, le problème de l’Afrique “francophone” sera la France, qui sera toujours perçue comme une présence coloniale. Le Président Macron, fidèle à lui-même, a reconnu la responsabilité des Occidentaux dans la “somalisation” de la Libye mais sans RIEN assumer. La France a dirigé une intervention militaire en Libye pour en finir avec Kadhafi, avec toutes les conséquences que connaissent aujourd’hui ce pays et le continent africain.

La principale question qui se pose aujourd’hui est de savoir qui va remettre de l’ordre en Libye, quel en sera le prix et qui payera cette facture ? Qui va payer les frais, dans les différents pays africains, de toutes les conséquences de cette intervention occidentale en Libye ?

L’Union Africaine devrait exiger que les Nations Unies (France, États-Unis, Grande-Bretagne) payent ces factures !!! Quant aux crimes du colonialisme européen, il faudra les passer tous en revue, afin que tous nos héros morts aient des noms, pour que les responsables assument et paient les compensations adéquates.

La déclassification des archives sur l’assassinat de Thomas Sankara.

“Les archives sont aujourd’hui disponibles et ouvertes à la justice burkinabé, sauf pour les documents classifiés et couverts par le secret défense…” Un peu comme le Président Hollande l’avait fait il y a deux ans au peuple camerounais sans respecter sa parole, Macron a promis de déclassifier les archives liées à l’assassinat de Thomas Sankara. Ce que la jeunesse du continent attend du Président Macron, c’est la déclassification de toutes les archives liées à l’époque coloniale, afin de voir clair sur les génocides et sur les assassinats de Ruben Um Nyobe, Barthélemy Boganda, Dr Felix-Roland Moumié, Sylvanus Olympio, Ernest Ouandié…

POUR CONCLURE

Malgré quelques efforts évidents pour plaire aux Africains, notamment avec la restitution du patrimoine culturel qui se trouve en France et de jolies phrases comme “L’Afrique n’est ni un encombrant passé, ni un voisin comme un autre. L’Afrique est ancrée dans la culture, dans l’histoire, dans l’identité de la France”, cette fois-ci le Président Macron s’est montré prudent en parlant de la démographie et de la femme africaine, mais sur ce sujet on serait tout de même porté à lui dire : “De quoi je me mêle ?”, afin qu’il s’occupe plus de la femme française et européenne. Quant à la gracieuse offre de la francophonie et de la langue française à l’Afrique, ce sont des chantiers perdus pour l’Afrique de demain sans une juste solution du contentieux historique franco-africain, ceci d’autant plus que les Chinois font de meilleures offres, et qu’en plus de ça, ils parlent moins et font des affaires avec les Africains, sans s’immiscer dans leurs vies. Ouagadougou nous a dévoilé au grand jour la personnalité “contrastée” de Macron, qui est un esprit et une mentalité de vieux colon dans un corps jeune. Ouagadougou a confirmé la montée de la Renaissance panafricaine. Après des décennies de torpeur politique liée à la défaite des idées panafricanistes dans le continent, après la défaite du groupe de Monrovia sur celui de Casablanca lors de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A). La jeunesse africaine est aujourd’hui en pleine effervescence, intelligente, dynamique, courageuse, elle vient de le démontrer malgré les envolées démagogiques du Président français. Avec les diverses manifestations des étudiants burkinabés, les jets de grenade et de pierres aux convois de militaires français lors de cette visite, normalement la France devrait se poser de sérieuses questions sur l’avenir des relations franco-africaines avec l’incontournable solution du contentieux historique franco-africain. D’autre part, le Président ghanéen Nana Akufo Addo a offert un magnifique cours magistral au Président Macron et à sa délégation sur la dignité de l’Afrique et des Africains. Macron a ainsi appris pour la première fois que l’Afrique n’était pas mendiante et qu’elle ne devrait RIEN attendre de la France et de l’Europe. Le discours qu’a tenu le Président Nana Akufo Addo n’est pas possible aujourd’hui en Afrique dite “francophone” encore enchaînée avec les menottes de la Françafrique.

La Françafrique est un véritable apartheid politique qui ne sera vaincu qu’avec la mobilisation de l’Afrique entière, comme a été le cas lors de la lutte contre l’apartheid de l’Afrique du Sud.


Dr Daniel el YAGNYE TOM

Représentant spécial de l’UPC en Afrique centrale et Australe.

Président de l’Alliance Patriotique.

12 novembre 2017

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