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Contentieux NationalNotre cause

 Répression coloniale et résistance patriotique   Part 3.  La répression armée en pays Bamiléké.  

Ce même  24 juillet, on annonçait trois nouveaux incidents qui avaient fait 2 morts et un blessé parmi la population locale. Ils avaient eu lieu dans la nuit du 20 au 21 juillet en pays Bamiléké.

Le 27 juillet 1959, 5 personnes  étaient tuées à Bansoa. Le bilan des incidents des trois dernières semaines en pays Bamiléké était de 31 morts, dont 1 européen et d’une quinzaine de blessés. 

Le  3 août 1959, 7 « rebelles » étaient condamnés à mort à Douala, dont 5 par défaut. Les condamnations avaient été prononcées par la cour criminelle spéciale de Douala contre « des individus ayant participé aux deux raids terroristes commis dans la région ». 3 des autres 12 accusés avaient été condamnés aux travaux forcés à perpétuité, et plusieurs à de fortes peines de réclusion ; un seul avait été relaxé au bénéfice du doute. D’autre part, on annonçait officiellement la découverte d’une organisation  à l’origine des troubles commis au début juillet à Yaoundé et à Bafia. Enfin un camp d’entraînement avait été repéré à 25 km au nord de Sangmelima, soigneusement camouflé dans la forêt. Plusieurs personnes avaient été appréhendées.

Le 6 août 1959, les autorités camerounaises  annonçaient 6 assassinats les 4 derniers jours, en pays Bamiléké. Ces attentats avaient été perpétrés de nuit dans des villages. Avec l’effet d’une bombe, une nouvelle arrivait de Conakry le 18 août 1959 : Moumié et Mbida préparaient la création d’un Gouvernement camerounais en exil :

«  À l’issue des entretiens qu’ils viennent d’avoir ces jours-ci, MM. Félix Moumié, Président de l’UPC, Ernest Ouandié, Vice-président de ce mouvement et A. M. Mbida ancien 1er Ministre et Président du Parti des Démocrates Camerounais, ont publié à Conakry, un communiqué commun dans lequel ils se prononcent pour une  Conférence de la table ronde sur le Cameroun, le 20 Août prochain à Monrovia. La formation immédiatement après d’un Gouvernement provisoire de Salut public au Cameroun, et la préparation par ce Gouvernement avant le 1er Janvier 1960 d’élections sous le contrôle de l’ONU. Les signataires déclarent accepter  les bons offices des États indépendants d’Afrique proposés lors de la récente conférence de ces États à Monrovia, pour trouver une solution pacifique, juste et démocratique au problème camerounais. »

Le communiqué proposait que le Gouvernement français « accepte d’annuler les institutions actuelles, mette fin à l’état de guerre qui existe au Cameroun et abroge le décret de dissolution de l’UPC ». Pour sa part, l’UPC s’engageait à cesser toute action révolutionnaire, à participer de façon pacifique au déroulement des élections, et à respecter les décisions de la Conférence de la table ronde, si les engagements pris de part et d’autre sont respectés.»

Voici ce qu’en dit Le Monde du 19 août 1959 :

« Le rapprochement entre MM. Mbida, catholique, dont toute la carrière politique a été fondée sur l’anticommunisme et dont la doctrine du gouvernement se confondait avec la répression contre l’UPC, et le Dr. Félix-Roland Moumié, qui est précisément le chef de l’aile communiste de ce parti révolutionnaire, est le fruit d’une évolution de plusieurs mois. Mais lorsqu’il prend la forme d’une éventuelle coalition ‘ gouvernementale’, il a tout de même de quoi surprendre. On peut rappeler que lors d’un voyage à Paris, du temps qu’il était Premier ministre, Mbida déclarait au Monde le 18/12/1957 : ‘L’UPC n’est plus rien d’autre qu’une fraction rebelle, tentant d’imposer par la terreur, son idéologie’. La veille, le leader camerounais assurait que ‘ l’amnistie totale serait un encouragement au crime’, alors que l’UPC avait encore pour chef Ruben Um Nyobè, tué dix mois plus tard – avec lequel une politique autre que la répression systématique aurait pu aboutir au retour à la légalité que l’actuel Premier ministre M. Ahidjo s’efforce d’obtenir de la fraction non-communiste du mouvement révolutionnaire. » 

Le journaliste du Monde fait semblant d’ignorer que le Secrétaire général de l’UPC, Ruben Um Nyobè, a été assassiné le 13 septembre 1958  sous le régime de Ahidjo et non pas sous celui d’A-M Mbida…

Le 19 août 1959, 2 petits commerçants et 1 planteur étaient assassinés dans un village de la région de Dschang. Dans le Mungo, une patrouille armée avait été assaillie ; bilan : 1 mort et 2 blessés, 2 sous-officiers français.

14 tués lors d’une embuscade qui s’était produite dans la nuit du 23-24 Août 1959 dans le secteur de Bafoussam.

Le 16 septembre 1959, Douala connaissait de nouveaux troubles avec la destruction d’un poste de péage et l’incendie d’une voiture. Bilan : 6 morts et plusieurs blessés parmi lesquels plusieurs policiers dont un grièvement.

Le  17 septembre 1959, on comptait 8 tués dans une chefferie de la région de Yabassi dont le chef supérieur local.

Le 23 septembre 1959,  les autorités camerounaises annonçaient la création de milices populaires dans les régions de Mbouda, Batcham, Dschang, dirigées par des chefs traditionnels – dont certains étaient des députés :

« Pour faire face au terrorisme qui a pris des proportions inquiétantes dans la région Bamiléké au cours des trois derniers mois, des groupes d’autodéfense se sont formés spontanément dans trois régions ».

À Bafang, on comptait 17 morts et 11 blessés graves.

Le Monde du 23 septembre 1959, dans un article titré « L’anticommunisme et la charité chrétienne », attaquait Mbida : « M. A-M Mbida, ancien Premier ministre du Cameroun, dont nous avons dit dans nos éditions du 19 août dernier qu’il était surprenant de le voir s’allier avec M. Moumié, leader de la fraction communiste de l’UPC, alors qu’il s’était surtout signalé par l’ardeur avec laquelle il avait mené la répression contre cette organisation du temps qu’il était au pouvoir (1957-1958), nous écrit pour démentir que sa carrière politique ait été ‘ fondée sur l’anticommunisme’ : ‘ Je suis certes un anticommuniste notoire, intransigeant, et j’en suis fier et satisfait. Mais uniquement en ce qui concerne Dieu, la religion catholique, l’Eglise et sa doctrine’, précise l’ancien Premier ministre qui poursuit : ‘Dans le cas où Moumié serait réellement communiste, ne pensez-vous pas que ce serait une bonne chose que moi, qui suis catholique pratiquant et anticommuniste de notoriété publique, je me rapproche de lui pour le convertir ou l’empêcher de mal agir ? Un communiste est certainement un pêcheur que vous et moi et tous les catholiques avons le devoir de convertir’. Et M. Mbida ajoute à notre intention: ‘La tentation m’est venue de vous appeler race de vipères, comme notre Seigneur avait appelé les pharisiens et les scribes hypocrites. Mais je l’ai repoussée, par charité chrétienne»…

Le 23 septembre 1959, on enregistrait de nouveaux « incidents »  à Douala causant 2 morts et 3 blessés dans le quartier populaire de New-Bell. Ahidjo déclarait :

«  Ce n’est pas un hasard que parmi les nations qui soutiennent nos ennemis, notamment M. Moumié, se trouvent en bonne place la Russie et ses satellites.  Le Cameroun n’éprouve aucune honte à demander l’aide des Nations libres telles que la France, alors que la Guinée de M. Sékou Touré n’hésite pas à quémander des roubles à la Russie pour s’édifier. »   

 Au début du mois de novembre, 4 nationalistes  arrêtés lors des incidents de juillet et condamnés à mort par les cours criminelles spéciales étaient fusillés: 2 à Yaoundé, 1 à Douala, 1 à Dschang. Les exécutions de Yaoundé furent tenues secrètes, les deux autres exécutions ayant lieu sur la place publique devant les autorités et la population…

Aux Nations Unies, le  14 novembre 1959, la France ne voulait rien entendre, son représentant campait sur ses positions initiales. Après un échange vif, à la Commission des Tutelles, avec le guinéen Diakhité Moussa, Kosciusko-Morizet déclarait :

« À quelques semaines de l’indépendance du Cameroun, nous pouvons affirmer que l’ensemble du pays est préparé, politiquement, administrativement et économiquement aux tâches de l’indépendance avec, à sa tête, un gouvernement démocratique, conscient de ses responsabilités et préparant avec le concours de tous, opposition légale comprise, les institutions de demain. »

Le délégué français affirmait :

« Le Cameroun indépendant serait seul maître de la confirmation ou de la dénonciation des accords intervenus sur son statut politique comme de la conclusion de tel acte international qui lui plaira, qu’il s’agisse du Marché Commun ou de l’Accord international sur le café. »

D’autre part, le représentant de Paris indiquait qu’il avait été

 « autorisé personnellement par le Premier ministre du Cameroun, à représenter solennellement son offre d’amnistie totale, à partir du 1er décembre, pour tous ceux qui renoncent à la violence et se rallieront à la loi, y compris les instigateurs des terroristes ».

Kosciusko-Morizet concluait :

« Une main généreuse est tendue aux Camerounais, en particulier à ceux que nous avons entendus ici. Qu’ils ne refusent pas cette dernière chance. Qu’ils ne s’excluent pas eux-mêmes de ce Cameroun libre et indépendant de 1960. Au bonheur et à la prospérité duquel ils peuvent et doivent consacrer le meilleur de leur ardeur. »

Il parlait d’amnistie sans volonté réelle d’amnistier !

Le  30 novembre 1959, l’effervescence persistait à Yaoundé à la suite des « incidents » qui s’étaient produit dans un quartier périphérique de Yaoundé, faisant 3 morts et une vingtaine de blessés.

Le 2 décembre 1959, nouveaux « incidents » à Bafang, avec plusieurs morts et blessés, dont 2 religieux : le père Gilles Heberlé et le frère Salon.

Paris s’inquiétait du rapprochement entre A-M. MBida et l’UPC. Ahidjo se rendit à Monrovia, au Libéria, pour une visite officielle de 5 jours. Il fut reçu par le Président Tubman. L’enjeu de sa visite était clair : contrecarrer l’initiative Moumié-Mbida pour une table ronde.

Le 7 décembre 1959, l’Assemblée Générale de l’ONU approuvait les dates proposées pour l’indépendance formelle du Cameroun, du Togo et de la Somalie.

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

en Afrique Australe et Centrale.

  

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