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Dr Daniel YAGNYE TOM

Dette inique d’Haïti à la France : Impact tragique sur son essor économique et social.

Je lis régulièrement ce terme ”Pauvre Haïti ” et avec ce que vit notre pays qui croule sous des impôts, avec dernièrement l’augmentation du carburant. Ceci nous ramène au contentieux historique en général sur un abominable drame vécu par ce pays, à cause de la France à qui elle a versé des milliards de dollars. Haïti a commencé à rembourser la « dette » à la France en 1825 et a fini de payer le principal en 1883. Cependant, en raison des intérêts et des emprunts supplémentaires, Haïti a continué de rembourser les banques françaises et américaines jusqu’en 1952. Donc, en tout, Haïti a passé environ 127 ans à rembourser cette « dette ». Il est important de noter que cette faramineuse « dette » a eu un impact dramatique sur le développement économique et social d’Haïti. En d’autres termes, c’est ce que le Cameroun continue de payer à une France à qui il ne doit rien.

L’émission “Décryptage” de RFI, Radio France Internationale, de mai 2022, a  mis en exergue la dette colossale qu’Haïti a dû s’acquitter envers la France pendant de nombreuses décennies après son indépendance. Une série d’articles publiés par le célèbre journal le « New York Times » du 20 mai 2022, a souligné que cette dette a entravé le développement économique de l’île, causant des pertes estimées entre 21 et 115 milliards de dollars.

En 1804, Haïti a acquis son indépendance de la France. Cependant, deux décennies plus tard, le roi Charles X a envoyé un navire de guerre pour contraindre les anciens colonisés à verser 150 millions de francs de réparations à la France. Incapable de s’acquitter de cette somme, Haïti s’est endetté auprès des banques françaises. Selon le New York Times, le pays a dû rembourser l’équivalent de 560 millions de dollars actuels sur une période de 64 ans.

La perte en développement économique qui en a résulté est estimée entre 21 et 115 milliards de dollars sur deux siècles. Le quotidien américain accuse également la banque française CIC d’avoir drainé des dizaines de millions de dollars à la fin du 19ème siècle via la Banque nationale haïtienne qu’elle contrôlait, ce qui lui a notamment permis de financer la construction de la tour Eiffel.

En réponse à l’enquête, le Crédit Mutuel, la maison-mère du CIC, a annoncé le financement de “recherches universitaires indépendantes pour éclaircir ce passé”. Enfin, le New York Times rappelle le vol des réserves d’or haïtiennes par les Marines américains : 500 000 dollars ont été volés en 1914, un an avant l’invasion du pays par l’armée américaine, une occupation qui a duré jusqu’en 1934.

En 1802, des leaders haïtiens, dont Dessalines, Christophe et Pétion, ont rejoint la résistance contre les forces françaises. La bataille de Vertières en 1803 a conduit à la capitulation du général français Rochambeau, mais aucun traité de paix n’a été signé. L’indépendance d’Haïti en 1804 a marqué une victoire pour la liberté, malgré un lourd tribut démographique payé par la population d’origine africaine. Les premiers mois de 1804 ont été marqués par des tensions autour des biens des ex-colons et la nécessité de construire un nouvel État avec des ressources limitées.

Après l’indépendance d’Haïti en 1804, la guerre contre les forces napoléoniennes a laissé le pays avec peu de ressources. Les dirigeants haïtiens ont dû gérer un nouvel État dans un environnement hostile. Haïti a été mis en quarantaine politique et soumise à un embargo commercial par la France. En 1825, la France a imposé à Haïti une indemnisation pour les anciens colons, annoncée par une escadre militaire française. Cette reconnaissance de l’indépendance d’Haïti était limitée et accompagnée de conditions financières et commerciales strictes.

En 1824, Boyer a opté pour une ordonnance du roi de France confirmant l’indépendance d’Haïti et un paiement à l’État français, pas une compensation aux anciens propriétaires. Cependant, les concessions d’Haïti étaient insuffisantes, et la France a interrompu les pourparlers. En 1825, l’ordonnance a stipulé que 150 millions de francs étaient exigés d’Haïti pour “dédommager les anciens colons”. Cela a eu lieu malgré la résistance continue contre les forces françaises après l’arrestation et l’exil du général Toussaint Louverture en 1802. Cette somme représentait 10 ans de recettes fiscales d’Haïti et 15% du budget annuel de la France. Pour payer la première annuité, Haïti a dû emprunter 30 millions de francs.

En 1875, le Président Domingue a souscrit un prêt supplémentaire, prolongeant ainsi le cycle de la dette extérieure d’Haïti. Cette “double dette” résultant de l’indépendance d’Haïti a été remboursée après 62 ans, en 1887. Néanmoins, cette dette a eu des répercussions durables, étouffant l’économie haïtienne axée sur l’exportation de café et conduisant à des emprunts à des taux d’intérêt élevés. Cela a contribué à des problèmes socio-politiques et environnementaux, entravant la construction d’un État de droit et conduisant à l’occupation américaine en 1915. Aujourd’hui, la dette de l’indépendance est estimée à au moins 28 milliards de dollars. Malgré les protestations, Haïti a dû indemniser les anciens colons français pour l’émancipation des esclaves et la perte de biens immobiliers et fonciers. L’histoire d’Haïti est au centre des débats sur les impacts de la traite transatlantique et de l’esclavage.

Dr Daniel YAGNYE TOM.

Source : Haïti : Il y a 196 ans, la « dette de l’indépendance » 27 août 2021 par Gusti-Klara Gaillard

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