1959-1960: L’ÉTAT DU CAMEROUN ET SON INDEPENDANCE FORMELLE – 3. Premiers pas de l’État Indépendant du Cameroun
Le 21 janvier 1960, M. Ahidjo rencontrait des difficultés avec trois démissions au Comité Constitutionnel, dont celle de Mgr Mongo, évêque de Douala et de Mayi Matip et Linak Njoki.
Mayi Matip s’opposait à la voie autoritaire suivie par Ahidjo :
« [La volonté du peuple] s’exprime par la revendication d’élections générales, d’une Assemblée Constituante chargée d’élaborer la Constitution d’un Cameroun indépendant. Cette Constitution, par principe, ne doit être élaborée ni par l’Assemblée législative d’autonomie interne, ni par conséquent et à plus forte raison, par l’actuel Gouvernement. »
Mgr Mongo affirmait quant à lui qu’il avait été
« contré systématiquement dans toutes ses suggestions, et accusé de faire de la tribune de l’Assemblée une chaire d’église. »
La tension se maintenait dans l’Ouest, avec l’isolement de la ville de Dschang. Ahidjo demandait de nouveaux renforts militaires français…
Ce même 21 janvier 1960, le Conseil de Sécurité de l’ONU se préparait à examiner la demande d’admission du Cameroun à l’ONU, à la demande de la France. Dès que cette demande fut connue, Cabot Lodge, le délégué permanent des USA à l’ONU, publiait un communiqué où il exprimait son « plaisir extrême » au Premier ministre Ahidjo qui faisait acte de candidature pour faire admettre le Cameroun à l’ONU.
Le 27 janvier 1960, le Conseil de Sécurité recommandait l’admission du Cameroun à l’ONU. Le nouvel Etat était virtuellement admis par la résolution suivante: « Le Conseil de Sécurité, ayant examiné la demande du Cameroun, recommande à l’Assemblée Générale d’admettre l’Etat du Cameroun comme membre de l’Organisation des Nations Unies. » (Agence France-Presse).
La France et l’ONU ignoraient ainsi superbement TOUTE la situation au Cameroun où la répression meurtrière sévissait, le Comité Constitutionnel était bloqué, etc.
Le 5 février 1960, 2 assassinats à Manjo : le planteur et conseiller municipal Bema Moulende ainsi que son fils.
Le 6 février 1960, le gouvernement camerounais créait des tribunaux militaires à Douala, Nkongsamba et Dschang. Le Bulletin Catholique annonçait l’enlèvement de 4 prêtres Bamilékés dont l’abbé Georges Siyam de la mission Saint-Antoine de Bamendjou, retrouvé ensuite dépouillé de ses vêtements sacerdotaux.
Le 11 février 1960, des personnalités représentant l’opposition légale, parmi lesquelles le politicien et député Soppo Priso, s’élevaient contre les conditions dans lesquelles la Constitution qui serait présentée au Référendum avait été élaborée ; aussi invitaient- elles la population à voter NON, et à revendiquer une « Table Ronde » préalable au rétablissement de la paix et à l’élection d’une Assemblée Constituante. Exactement ce que réclamaient l’UPC et A-M Mbida. Soppo Priso s’était rendu compte de l’erreur que l’opposition commettait en cautionnant Ahidjo qui peu à peu, avec l’aide de la France, commençait à installer son régime dictatorial.
Le 17 février 1960, d’importantes opérations se réalisaient dans l’Ouest camerounais. Ahidjo annonçait qu’il avait pris la décision d’y « liquider la rébellion et le banditisme ».
Le 23 février 1960, les Camerounais se rendaient aux urnes pour se prononcer sur leur Constitution. D’après les résultats dans 22 % des bureaux : 202 000 POUR 144 166 CONTRE. On estimait déjà le texte approuvé.
À Accra, le président de l’UPC en exil, Félix-Roland Moumié, annonçait la création dans les jours suivants d’un « Gouvernement révolutionnaire » dont certains ministres s’installaient au Cameroun et d’autres à l’extérieur. On apprenait en même temps à Lagos, la capitale nigeriane, que le 4ème bataillon du régiment ‘Nigéria’ de la Reine d’Angleterre allait prendre position à la frontière séparant le Nigéria du nouvel État du Cameroun…
La Chine de Taïwan se préparait à ouvrir une représentation diplomatique après en avoir obtenu l’agrément d’Ahidjo.
La crise de la société Bamiléké est surtout celle de sa « chefferie », écrivait Raymond Lecoq dans Le Monde du 24 février 1960.
À Conakry, le 29 février 1960, l’UPC exigeait le retrait des troupes françaises du Cameroun avant de cesser sa lutte armée menée par Abel Kingue, vice-président de l’UPC. L’Union des Populations du Cameroun présentait ses deux autres conditions: libération de tous les détenus politiques et condamnés, et rétablissement de toutes les libertés démocratiques y compris la liberté de la presse.
Le 7 mars 1960, venu de Douala, l’ancien Premier ministre un temps allié à l’UPC en exil, A-M Mbida, était de retour à Yaoundé, accueilli à la gare par une foule de milliers de personnes.
Le 9 mars 1960 : à Bafang, 31 tués et une quarantaine de blessés.
Le 11 mai 1960, démission des députés français de l’Assemblée camerounaise, dont Guyard, Ninine, Champeau, Lagarde, Sissoko, Sékou Cheikh, Mandon, Duval – conformément aux accords du 31 décembre 1959.
Ce même 11 mai, Ahidjo affirmait : « C’est M. Moumié qui est responsable de la présence au Cameroun des troupes françaises ».
Le président Moumié demandait le report des élections prévues pour le 10 avril et la présence d’observateurs. Ahidjo lui répliquait que la présence d’observateurs était une ingérence dans les affaires intérieures relevant de la seule compétence nationale.
Le 14 mars 1960, A-M Mbida préconisait le renforcement des relations entre les États de l’ex-AEF, et déclarait qu’il n’était pas opposé au rétablissement de l’UPC dans la légalité, mesure décidée par le Gouvernement Ahidjo, mais deux questions devraient être préalablement résolues : l’amnistie totale et inconditionnelle et l’engagement formel de l’UPC à renoncer à la violence.
Le 8 avril 1960, un « incident » eut lieu à Douala : 29 tués et 8 blessés.
Les USA nommaient un certain Barrows comme leur premier ambassadeur au Cameroun.
Le 12 avril 1960, Ahidjo confirmait son premier succès électoral en éliminant des personnalités traditionnelles et certains membres de son Gouvernement jugés indésirables : le trucage du scrutin fonctionnait !
Charles Assalè, ministre des Finances et maire d’Ebolowa, était réélu. Le Dr. Bebey Eyidi, ancien attaché de cabinet du Dr Aujoulat, battait le chef Bétotè Akwa. Soppo Priso était battu par le prince Alexandre Douala Manga Bell. A-M Mbida était réélu. Mayi Matip battait Jacques Ngom…
Ahidjo disposait maintenant d’une majorité de 69 sièges, et l’UPC “légale” de 14 à 18 sièges.
Le 5 mai 1960, Ahidjo était élu Président de la République du Cameroun. Le 16 mai 1960, Charles Assalè était nommé Premier Ministre.
Le 4 juin 1960, les autorités camerounaises annonçaient que plus de 200 rebelles avaient été tués dans le sud-ouest, à Mbouda : plus exactement 213 tués et 30 prisonniers.
Le 18 juin 1960, nouveaux “incidents” à Douala : 2 morts et 4 blessés.
Le 19 juin 1960, une annonce : la Réunification du Cameroun pourrait intervenir avant la fin de l’année. Ahidjo venait d’effectuer un voyage à Buea où il avait rencontré l’ex-britannique Foncha qui ensuite déclarait :
« Le Cameroun deviendra un vaste pays, au sol riche et au potentiel agricole illimité. Notre place future sera celle qui revient à deux frères séparés momentanément et qui, ayant recouvré leur liberté, retourneront ensemble dans le pays de leurs ancêtres. »
Le 24 juin 1960, nouveaux « incidents » à Dschang et dans la Sanaga-maritime…
Dr Daniel Yagnye Tom
Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC
En Afrique Australe et Centrale.