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Le 06 Avril 1984…

Dans Le Monde des 7 et 8 avril 1984  :« Graves troubles au Cameroun !

De violents affrontements ont eu lieu à Yaoundé. Des tirs à l’arme lourde de 4 à 6 heures, et qui ont repris dans la matinée. Des blindés (…) toutes les communications avec la capitale camerounaise ainsi qu’avec Douala sont coupées. Les aéroports fermés. M. Biya effectuait une tournée dans l’ouest du pays et se trouvait à Kribi.

M. Ahidjo joint au téléphone dans sa propriété de Grasse, s’est refusé à toute déclaration : ‘J’ai été trop insulté, trop calomnié, cela ne m’intéresse pas’, a-t-il déclaré, ajoutant : ‘Je souhaite que le sang ne coule pas trop’.

Cette tentative serait-elle une revanche du nord ?

(…) Un tribunal militaire avait condamné à mort Ahidjo le 28 février dernier pour ‘complot contre la sécurité de l’État’. Deux officiers proches de l’ancien Chef d’État, le chef d’escadron Ibrahim Oumarou et le capitaine Salatou Adamou avaient également été condamnés à mort, leur peine ainsi que celle d’Ahidjo avaient été commuées en détention sur décision du Président Biya qui avait également décidé de faire cesser toute enquête et toute poursuite judiciaire contre les autres inculpés : MM. Bello Bouba Maïgari, Maïkano Abdoulaye (ancien ministre d’État chargé des Forces armées) et Ibrahim Wadjiri, ancien commandant de la Gendarmerie.

L’argumentation du tribunal se fondait sur deux réunions de caractère ‘séditieux’. L’une s’est déroulée le 18 juin 1983 au domicile de M. Ahidjo. À cette occasion, Ahidjo aurait demandé aux ministres de la province du nord de présenter leur démission. La seconde a eu lieu le même jour au domicile de M. Ibrahim Wadjiri. Selon l’acte d’accusation, cette ‘réunion tribale, à caractère factieux’ groupait ‘les officiers supérieurs et hauts fonctionnaires originaires de la province du nord, le but recherché étant d’entraîner l’armée dans la rébellion pour rétablir l’ancien Président A. Ahidjo’. Cette réunion aurait échoué, d’une part  parce que ‘les conditions tactiques de réussite ne pouvaient être réunies en un laps de temps suffisant, d’autre part grâce à la réaction imprévue qui s’est révélée payante de la majorité de l’armée sous le commandement du Général Sémengué, qui est demeurée par tradition fidèle aux institutions de la République.’

Après plus de 24 heures de combats dans la capitale, la tentative de coup d’État a échoué, la majeure partie de l’Armée étant restée fidèle au régime. En l’absence de M. Biya, c’est le ministre chargé des Armées, André Tsoungui, qui tient les rênes du pouvoir. »

Voici, en date du 17 avril 1984, ce qu’écrit dans Le Monde un autre spécialiste de l’Afrique, pour qui le coup d’Etat serait dû à la « modernisation » trop rapide du Cameroun:

« LES ALÉAS D’UNE SOCIÉTÉ BLOQUÉE 

par Laurent Zecchini

Les affrontements de Yaoundé ne sont que la partie spectaculaire et probablement caricaturale des tensions qui agitent en profondeur la société camerounaise (…) Certes, on peut calquer sur le Cameroun le prisme de la vieille rivalité nord/sud qui – apparemment – permet si facilement en Afrique d’expliquer les évolutions et les crises (…) La difficulté pour le Chef de l’État est qu’en voulant réformer, il se heurte à des pesanteurs qui sont autant de rentes de situations politiques, sociologiques et ethniques. On ne conduit pas sans risques une société conservatrice à la modernité (…)   

Ahidjo laisse à Biya un Cameroun ‘reconnu par les investisseurs étrangers comme étant l’un des paris’ les moins hasardeux parmi les pays situés au sud du Sahara. Mais fondamentalement, la société camerounaise est une société bloquée. Même si, de l’extérieur et par rapport à d’autres, elle paraît très en avance.

Deux fosses communes dans le cimetière municipal de Yaoundé : l’une de 10 mètres de long, 4 mètres de large et de profondeur est encore vide ; l’autre sur une longueur d’une vingtaine de mètres, a été rebouchée et l’on voit bien les traces d’une pelleteuse mécanique.

M. Biya : ‘La rébellion a été le fait d’une minorité d’hommes ambi-tieux, assoiffés de pouvoir. La responsabilité du coup d’État n’est pas celle de telle ou telle province ou de Camerounais de telle ou telle religion’.

Quelques jours après, pour messieurs Tsoungui et Semengue : ‘Tous les mutins étaient du nord’ ; la Garde républicaine avait 99,99 % de gens du nord.’ A. Tsoungui : ‘Nous avions des informations fragmentaires laissant penser que quelque chose se préparait’. La veille du déclenchement de l’action, un certain nombre de riches Camerounais auraient effectué des retraits de sommes importantes, parfois jusqu’à 100 millions de francs CFA. Selon le Chef d’État-major Sémengue, la tentative de coup d’état était préparée de longue date, parce que des ‘commandes avaient été faites (pour la Garde) pour certains équipements.’ »  

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

En Afrique Australe et Centrale.

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