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Contentieux NationalNotre cause

Répression coloniale  et résistance patriotique. Part 2.  La répression armée en ville.

Le 4 juillet 1959, le Gouvernement Ahidjo prenait de nouvelles « mesures de sécurité » et décidait la dissolution du Bureau National Camerounais pour la Conférence des Peuples Africains, auquel il reprochait d’être passé sous l’influence des « extrémistes de l’UPC interdite depuis les événements de 1955 ». Plusieurs membres du Gouvernement avaient été appréhendés à Yaoundé et étaient gardés à vue ; un dirigeant avait fui. On situait cette dissolution dans le cadre des mesures prises à l’issue des incidents du 25 juin, qui avaient causé 9 morts. En raison de l’état d’alerte, des Cours criminelles spéciales avaient été instituées dans les régions où le « terrorisme  était le plus menaçant, à Yaoundé et Douala notamment ».

Le 6 juillet 1959, de nouveaux incidents éclataient avec 2 tués à Yaoundé. Après Douala et la région du Mungo, Yaoundé était endeuillée. La ville était en état de siège. Gendarmes et policiers casqués montaient la garde aux carrefours. Des patrouilles avaient fait évacuer le grand marché où des milliers de personnes se rassemblaient chaque jour. Dans le Mungo, l’état d’alerte avait été proclamé. C’était la quatrième région du pays soumise au « régime d’exception ». Le plus important des derniers « incidents » avait été l’attaque du poste de gendarmerie de Mbanga ayant causé plusieurs blessés dont le chef de poste français… Ahmadou Ahidjo, qui se trouvait au nord-Cameroun, à Ngaoundéré, était attendu dans la capitale où un conseil de ministres s’était réuni. Le bilan des incidents survenus depuis une semaine s’élevait à 14 tués et 5 blessés…

Le 7 juillet 1959, le couvre-feu était décrété à Yaoundé. Une vive émotion s’était emparée de la population européenne. Tous les magasins avaient fermé dans la matinée, ainsi que les marchés que la police avait fait évacuer, rendant ainsi difficile le ravitaillement de la population. Comme à Douala, le couvre-feu avait été décrété à partir de 21 heures jusqu’à 5 heures du matin. Il en était de même pour les villes de Mbalmayo et Obala. Toute circulation sans laisser passer y était interdite de même que pour les routes de la région. Des européens s’étaient rassemblés devant le palais du Haut-commissaire Xavier Torre qui avait reçu une délégation lui réclamant  l’autorisation de s’organiser en groupes d’autodéfense. Une autre formule fut choisie : certains français officiers et sous-officiers de réserve allaient renforcer les patrouilles de police et de gendarmerie. La protection était difficile du fait de l’éparpillement des habitations sur les collines. Le regroupement des européens fut donc envisagé, et un appel radiodiffusé lancé dans ce sens.  

Le 8 juillet 1959, Ahidjo recevait des renforts militaires français acheminés depuis l’Oubangui-Chari (Centrafrique actuelle) jusqu’à Yaoundé. Le gouvernement camerounais  prenait de nouvelles  précautions : état d’alerte dans le sud, cours criminelles spéciales instituées dans la région de Yaoundé pour juger les rebelles, fonctionnaires maintenus à leur poste jusqu’à nouvel ordre. D’autre part, les renforts militaires, le « corps expéditionnaire français », arrivait à Yaoundé pour se répandre vers les principaux centres du sud…

La résistance des patriotes camerounais s’est faite dans des conditions extrêmement inégales et sans logistique adéquate. Les nationalistes avaient choisi de mourir debout au lieu de survivre à genoux. Une information était ouverte pour atteinte à la sûreté de l’État contre Félix Moumié, président de l’UPC, et contre l’ancien Chef du Gouvernement A.M. Mbida, tous deux réfugiés à l’étranger, et contre lesquels, déclarait un communiqué officiel « des preuves accablantes ont été relevées en ce qui concerne leur intention de lier le sort du Cameroun à celui de certaines puissances étrangères ».

Le Premier ministre Ahidjo déclarait à la radio :

« Il s’agit, pour ceux qui inspirent ces forfaits en créant le maximum de troubles, de faire revenir l’ONU sur sa décision d’accorder l’indépendance au Cameroun en 1960. Il s’agit de démoraliser la population européenne en espérant que sa disparition affaiblira le potentiel économique du pays, généralisera le désordre, et surtout dressera les Blancs contre les Noirs. J’affirme que le temps de l’intimidation comme celui de la clémence est passé. »

Le 10 juillet 1959 les autorités camerounaises affirmaient à travers la saisie de documents que les nationalistes avaient leurs bases de repli en zone britannique. Les documents saisis par la police dans la province du Mungo expliquaient, selon la version officielle, en partie les « incidents ». Le premier texte datant du 31 mai, annonçait la constitution d’une « armée de libération nationale camerounaise » ; le second définissait les lois et les règlements de cette armée tandis que le troisième, sous forme de circulaire, affirmait lancer une guerre révolutionnaire contre « les forces impérialistes françaises ». De toute évidence (officielle), ces documents portaient « l’empreinte de la guerre subversive de Mao Tse Toung, et citaient des phrases du leader chinois »…

Le 11 juillet 1959, 5 nationalistes condamnés à mort étaient exécutés à Bafoussam sur la place du marché, en présence des autorités et d’une foule nombreuse. Moins de 48 heures après ces exécutions publiques, un incident s’était encore produit en pays Bamiléké, faisant un mort et un blessé grave dans la population.

Trois exilés politiques, anciens militants de l’UPC rentraient alors au Cameroun : Jean-Paul Sendè, Elie Ngue et Victor Nantia.

Le 16 juillet 1959, les autorités camerounaises annonçaient l’arrestation de 40 « rebelles » aux abords de la zone britannique:

« Une opération conduite par la gendarmerie aux abords de la zone britannique, a permis l’arrestation d’une quinzaine d’individus se déclarant membres de ‘l’Armée de Libération Camerounaise’. »

Parmi eux, affirmait-on, 4 « chefs de bataillon »… Donc, ce coup de filet achevait de démanteler l’organisation militaire mise en place par l’UPC… Mais la suite prouva le contraire.

Le 18 juillet 1959, on enregistrait de nouveaux incidents à Mbouda et à Melong ; bilan : 9 morts dont un chef coutumier.

Le Monde du 24 juillet 1959 parlait du « ralliement des rebelles camerounais » :

« De source officielle camerounaise on annonce que 80 rebelles appartenant à l’organisation rebelle dissoute UPC se sont ralliés depuis une quinzaine de jours aux autorités camerounaises en Sanaga-maritime. Certains de ces maquisards se sont présentés avec leurs armes. Ceux contre lesquels auront été retenus des actes de banditisme seront déférés devant les tribunaux qui apprécieront dans quelle mesure leur ralliement constitue une circonstance atténuante ».

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

en Afrique Australe et Centrale.

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