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Contentieux NationalNotre cause

Répression coloniale  et résistance patriotique. Part 1. La Sanaga-Maritime à feu et à sang.

Le 14 avril 1959, des élections législatives partielles s’étaient déroulées en Sanaga-maritime. Les résultats portant sur 57 bureaux de vote sur un total de 82 étaient les suivants :

 Inscrits = 48.103 ; votants = 28.916. Les listes ‘Mayi Matip’, dites « Pour la réconciliation et l’indépendance nationale », avaient obtenu 23.827 voix contre 3.381 à la liste Antoine Logmo, député invalidé, ancien secrétaire d’État du cabinet Mbida. La participation était considérée comme importante : 68 %. Mayi Matip était ainsi élu, 6 mois après la mort d’Um Nyobè… Pendant ce court laps de temps,   Mayi avait connu la prison, rallié le Gouvernement Ahidjo et réussi une campagne électorale… Voici à ce propos, un commentaire de l’AFP/Agence Française de Presse :

« M. Mayi Matip a été l’un des proches collaborateurs de R. U. Nyobè, leader de l’UPC, qui a trouvé la mort en Sanaga-maritime le 13 septembre 1958. Fait prisonnier par la patrouille qui abattit le SG de l’UPC, M. Mayi Matip est rallié au gouvernement camerounais depuis plusieurs mois. Le résultat des élections paraît confirmer son audience dans la région d’Eséka et le déclin de l’UPC d’obédience cairote. »

Le « déclin de l’UPC » – pour reprendre l’euphémisme de l’AFP -, est dû en fait à une guerre coloniale dissimulée qui se déroule au Cameroun en 1959. L’extermination des « gêneurs de l’UPC » est programmée dans la Sanaga-maritime en pays Bassa, terroir d’origine de feu Ruben Um Nyobè. Les victimes de l’ordre colonial se compteront par dizaines de milliers – selon les sources officielles françaises -, en réalité par centaines de milliers de villageois tués et blessés, et des centaines de hameaux et villages brûlés, rasés et désormais abandonnés. Il ne s’agit pas, comme veut le faire accroire la propagande de Paris, de victimes de simples « incidents et troubles isolés », mais d’une répression massive, féroce et systématique, des militants et sympathisants de l’UPC. Une hécatombe terrorisante pour servir d’exemple…

Loin des caméras des correspondants de guerre de l’époque, la mise à feu et à sang de la Sanaga-maritime par les troupes coloniales s’est doublée de la déportation en masse des villageois rescapés. Ceux qui résistaient ou s’obstinaient à demeurer dans leur village détruit étaient tués sur le champ. Il faut le souligner : en 1959, au Cameroun, les militaires français ont eu l’occasion de mettre en pratique contre l’UPC et contre le peuple  leur double expérience des « sales guerres » coloniales : la guerre d’Indochine – qu’ils avaient perdue à Diên Biên Phu (1954) – et la guerre d’Algérie en cours avec la torture officialisée, qu’ils allaient perdre bientôt (1962).

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

en Afrique Australe et Centrale.

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