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1970 : arrestation de Mgr Ndongmo et d’Ernest Ouandié  

Nous sommes à la fin de la décennie 1960-1970. L’indépendance du Cameroun date de 10 ans. Ahmadou Ahidjo préside,  seul maître à bord, avec l’appui des services secrets et militaires de l’ex colonisateur français. L’UPC clandestine persévère malgré la répression acharnée du régime…  

Le 15 juillet 1970, les autorités administratives annoncent l’attaque « par une bande armée » d’une clinique à Loum ; bilan : 2 tués.

Mgr Albert Ndongmo, évêque de Nkongsamba, écrit au Monde le 11 août 1970, afin de démentir par ce canal deux informations  mensongères: un stock d’armes aurait été trouvé au siège de la société ‘Mungo Plastique’, dont il est le gérant ; les raisons officielles de l’expulsion de 2 européens, conseillers techniques de la même société seraient le manque de visa pour l’un et le changement de résidence pour l’autre (enregistré à Douala alors qu’il réside au Mungo).

Le 22 août 1970, annonce de l’arrestation du Président de l’UPC, Ernest Ouandié.

Le 29 août 1970, Mgr Albert Ndongmo est arrêté pour « complicité avec la rébellion  à la suite des révélations faites par le chef rebelle, qui ont permis d’établir la complicité active avec la rébellion ». Le 30 août 1970, il est accusé de participation à un complot contre le Chef de l’État.

M. Sabal-Lecco, ministre de la Justice, ministre par intérim des Forces armées affirme:

« En mai 1969, nos services de sécurité ont découvert un complot visant à assassiner le Chef de l’État (…) l’interrogatoire des conjurés a gravement mis en cause Mgr Ndongmo, et a particulièrement mis en relief son action dans la direction du complot. En dépit de ces dénonciations, le Président avait donné des instructions pour que Mgr Ndongmo ne soit pas inquiété, en attendant de plus amples informations. Il y a quelques jours survenait la capture du chef rebelle Ernest Ouandié, dans le Mungo (…) les déclarations de celui-ci, ainsi que les documents trouvés sur lui, ont permis d’établir de manière claire leur complicité active depuis de longues années. (…) Mgr Ndongmo aurait effectué sans résultat un voyage à Alger en vue d’obtenir  des fonds et du matériel du Président Boumediene pour les opposants camerounais. »

Dans Le Monde daté du 27-28 septembre 1970 :

«  Billet du Cameroun : Des armes et des anges

Arrêté le 27 août dernier à Douala, alors qu’il rentrait d’un voyage à Rome, Mgr Ndongmo, évêque de Nkongsamba, est accusé d’avoir participé à un complot contre le Chef de l’État camerounais.

L’accusation repose sur le témoignage de 2 hommes : MM. Gabriel  Tabeu ‘Wambo le courant’ et Ernest Ouandié. ‘Wambo le courant’ se présente comme ‘un prophète’ bénéficiant de visions qu’il avait rapportées à l’évêque, ‘dessins à l’appui’. C’est à la suite de l’une de ces visions qu’il aurait informé Mgr Ndongmo de son intention d’organiser ‘un coup d’état spirituel et mystique’ où seuls ‘des anges opèreraient’. L’évêque admet lui avoir fourni ‘comme symbole, après l’avoir exorcisé’ 4 armes ‘prises à la procure de Nkongsamba’ (…) Tout en niant avoir été mêlé au complot ‘spirituel’, il reconnaît avoir reçu récemment une somme importante provenant des fonds dont les rebelles de l’UPC auraient confié la gestion à l’évêque. Ces informations résultent d’une confrontation générale dont le ministre camerounais de la justice a présenté à la presse un enregistrement sur bande magnétique.

Commentant les déclarations de chacun des accusés L’Essor des Jeunes, bimensuel du diocèse de Nkongsamba, dont Mgr Ndongmo était l’animateur, écrit dans son numéro de la première quinzaine de septembre : ‘Cette confrontation est qualifiée par le présentateur lui-même, de sommaire et partielle, ce qui signifie que tout n’est pas dit dedans’. Beaucoup de points semblent en effet, assez obscurs dans cette affaire. On peut concevoir que l’évêque ait été imprudent avec ‘l’illuminé Wambo’, comme l’écrivait La Croix du jeudi 17 septembre ; ‘le courant’ était un de ses amis d’enfance, et cela ne s’oublie pas volontiers en Afrique.

Ses relations avec M. Ouandié paraissent plus compromettantes (…) Selon le ministre de l’Intérieur lui-même, les contacts de Mgr Ndongmo avec l’UPC étaient connus du Gouvernement depuis longtemps, mais le Président de la République avait ‘donné des instructions pour que Mgr Ndongmo ne soit pas inquiété en attendant plus amples informations’.  

Cette prudence pourrait avoir une explication: comme Mgr Mongo, aujourd’hui évêque de Douala, il semble que Mgr Ndongmo ait été chargé, il y a plusieurs années, de négocier le ralliement de certains  rebelles de l’UPC. A-t-on tiré parti à Yaoundé de certaines  maladresses  pour inculper un homme qui faisait preuve d’une liberté de jugement de plus en plus grande à l’égard du régime de M. Ahidjo ?

Le Vatican s’est abstenu jusqu’à présent de prendre position sur l’incarcération de Mgr Ndongmo. Pour sa part, Mgr Zoa, archevêque de Yaoundé, a présenté à la presse un communiqué de l’épiscopat du Cameroun : ‘Une situation pénible s’est créée, constate ce communiqué, que les efforts de la hiérarchie catholique locale n’ont pu empêcher (…) L’affaire, à notre connaissance, est au stade des enquêtes de police. Nous espérons qu’elle suivra son cours selon le droit et la justice.’ On ne peut que partager cet espoir. Certaines des accusations portées contre Mgr Ndongmo semblent, en effet, singulières, et les ‘preuves’ qui doivent les étayer n’emportent pas entièrement la conviction.”

Le Monde des 22-23 novembre 1970 présente « Les critiques de Mgr Zoa » sous la plume de Pierre Biarnès :

« On a exhumé les affaires privées qui n’ont, jusqu’à présent, pas  été rendues publiques. Depuis des mois, les autres évêques camerounais et le Saint-Siège se seraient inquiétés de la façon dont étaient administrées les finances du diocèse de Nkongsamba. M. Ernest  Ouandié lui-même aurait porté des accusations sur la façon peu scrupuleuse dont, selon lui, étaient gérés les fonds que l’UPC confiait au prélat. Finalement, celui-ci aurait avoué en présence d’un représentant de la pro-nonciature et d’un membre de la hiérarchie catholique locale: ‘J’ai trompé tout le monde, le Gouvernement, l’Église et l’UPC’. 

(…) Après nous avoir présenté sa propre version des faits, très proche de celles qu’il nous a été donné d’entendre dans les autres milieux informés de la capitale, il [Mgr Zoa] a déploré que ‘celui par qui le scandale arrive’ soit un autre prélat, ajoutant aussitôt ‘si les scandales freinent la marche de l’Église, ils ne l’arrêtent jamais’ (…) l’attitude de Rome lui paraît être, dans cette affaire, pleine d’ambigüité: ‘Pour sauver la façade de l’institution, on est prêt à sacrifier les valeurs pour lesquelles l’institution a été créée’, constate-t-il amèrement.

L’épiscopat a étudié les moyens d’assister le prélat Ndongmo, ‘Les évêques ont en outre exprimé leur préoccupation au sujet des autres détenus (…)

Le comité de défense d’Ernest Ouandié, présidé par le professeur Théodore Monod et comprenant de nombreuses personnalités françaises et étrangères, ‘lance un appel à l’opinion publique internationale au moment où semble devoir s’ouvrir dans des conditions inadmissibles le procès de ce militant. Son procès à huis-clos devant un tribunal militaire puis son exécution réclamée ou déjà annoncée par certains peuvent avoir lieu d’un instant à l’autre’, poursuit le communiqué, ‘L’avocat désigné depuis septembre 1970 par la femme du leader camerounais et par le Comité de défense, Maître Jean-Jacques de Félice du barreau de Paris, est mis dans l’impossibilité de se rendre à Yaoundé pour assurer la défense, tout visa lui étant refusé par l’Ambassade du Cameroun malgré la convention franco-camerounaise, qui devrait permettre d’user du droit réciproque de plaider aux avocats français et camerounais. Seule une protestation vigoureuse de tous ceux qui attendent du Cameroun et de son Gouvernement une stricte application de la Déclaration des Droits de l’Homme pourrait sauver Ernest Ouandié.’ » Pierre Biarnès

Conduits par Mgr Zoa, 8 évêques camerounais ont remis une déclaration commune au Président Ahidjo, reprise par Le Monde du 28 novembre 1970:

«  Depuis que la douloureuse affaire de Mgr Ndongmo a éclaté, vous avez reçu M. le Président, quelques-uns d’entre nous. Mais nous pensons que la gravité de la situation mérite que les évêques d’origine camerounaise viennent vous voir encore. Nous tenions à venir vous dire notre angoisse devant la situation qui s’est créée chez nous, angoisse de chefs de l’Église, angoisse de citoyens. Comment ne pas nous sentir concernés et touchés en tant que responsables de l’Église ? Notre démarche ne se situe pas dans le cadre d’une mission de relations diplomatiques, elle est uniquement celle de compatriotes et d’évêques de ce pays. Nous avons appris avec gratitude les diverses approches du problème que vous avez recherchées dans le but d’éviter des dommages au moins moraux au pays et à l’Église. 

Nous renouvelons notre confiance dans l’objectivité des instances judiciaires pour vérifier les faits et établir les responsabilités dans le droit et la justice. Mais en même temps, nous demandons à Votre Excellence, dernier responsable des destinées de la Nation, d’user le cas échéant, de tous ses pouvoirs, afin que la suite des événements ne soit pas de nature à entamer la marche vers la pleine réalisation de la paix des cœurs dans l’ensemble du pays (…) »

Dr Daniel Yagnye Tom

Président de l’Alliance Patriotique et Représentant spécial de l’UPC

En Afrique Australe et Centrale.

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