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Notre cause

LE CAMEROUN, UN ÉTAT À L’ENVERS

1960 est considérée l’année « magique » des soleils des indépendances où la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne accédaient à la « souveraineté ». Entre le 1 er Janvier 1960 et le 31 Décembre 1960, 17 pays dont 14 sous administration française acquirent leur Indépendance. Le Cameroun, l’unique pays « francophone » de l’Afrique subsaharienne où sévissait une guerre atroce fut le premier pays à obtenir son Indépendance le premier Janvier 1960. Pourquoi le long de ces 64 années, contrairement aux autres pays du continent, le Cameroun n’a jamais commémoré son Indépendance ? Pourquoi le Président Paul Biya s’est adressé au peuple camerounais le 31 Décembre dernier pour sa 42ème année consécutive sans faire une seule fois pendant toutes ces allocutions une toute petite allusion à l’indépendance du Cameroun ? Oui pourquoi comme toutes les années antérieures, Paul Biya a parlé de tout, sauf de l’indépendance de notre pays ? Célébrer le 1er Janvier serait-il comme le disent certains, une provocation pour le Cameroun Occidental qui devrait plutôt célébrer le 1er Octobre ?

LE PÊCHÉ ORIGINEL DU BDC-UC-UNC-RDPC

Le parti au pouvoir est très mal à l’aise lorsque l’on évoque l’indépendance du Cameroun, il suffit de voir comment ses élites négationnistes se mordent les langues et débitent toutes sortes de mensonges lorsqu’il s’agit de défendre l’attitude de leur parti vis-à-vis de l’indépendance de notre pays. Les militants du BDC-UC-UNC-RDPC ont hérité d’un pouvoir acquis dans le sang, fruit de leur soumission à la France. Contrairement aux nationalistes de l’Union des populations du Cameroun (UPC) qui se sont battus et ont versé leur sang pour la Réunification et l’indépendance de notre pays, la famille politique Aujoulatiste au pouvoir aujourd’hui ne voulait pas de l’indépendance. Alors, comment célébrer un événement pour lequel ils n’ont pas contribué et qu’ils ont à la limite combattu ? Comment et pourquoi honorer aujourd’hui les morts alors que leurs pères fondateurs (et dans une certaine mesure spirituels pour certains) ont participé à leurs assassinats ? Comment et pourquoi célébrer les héros nationaux, Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumie, Ernest Ouandié, etc… alors qu’il n’y a jamais eu de véritable réconciliation nationale dans ce pays ? Probablement parce que comme le disait Elie Wiesel, « le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli ».

LE DÉNI

Tous les arguments sont bons pour les militants du BDC-UC-UNC-RDPC afin de justifier l’injustifiable : la non-commémoration de l’indépendance de notre pays. Lors d’une émission de la chaîne de télévision Vision 4 au début de cette année, le professeur Mathias Éric Owona Nguini, un des fervents idéologues du parti au pouvoir, a utilisé comme argumentation la situation politique actuelle de l’Algérie et de l’Angola pour minimiser la non-célébration de notre indépendance tout en critiquant les gestions post-indépendance du FLN et du MPLA. Selon M. Owona Nguini, le fait que ces partis aient obtenu leurs indépendances de haute lutte et au prix d’énormes sacrifices, le fait d’avoir lutté pour elles ne fait pas d’eux de meilleurs partis politiques que ceux qui ont collaboré avec le colon et ne se sont pas battus pour l’indépendance. Autrement dit, l’UPC n’est pas meilleure que le RDPC, le FLN n’est pas mieux que les Harkis… Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Le 1er janvier 1960 est pourtant une date incontournable pour notre pays car c’est le point de départ du Cameroun que nous connaissons aujourd’hui. Il est vrai que les choses ne se sont pas passées comme le souhaitaient ceux qui se sont battus pour notre indépendance puisque la France, aidée par la Grande-Bretagne, a court-circuité le programme de l’UPC en mettant en place un système politique sans elle et contre elle, mais aussi en octroyant les indépendances des deux Cameroun avant leur réunification. Mais même petite, cette indépendance pour laquelle des rivières de sang ont été versées est la nôtre, nous devons donc la célébrer. Même si notre réunification est imparfaite, elle devrait être fêtée, car c’est en assumant nos imperfections du passé que nous pouvons résoudre nos problèmes d’aujourd’hui et créer des bases solides pour un meilleur avenir pour notre pays.

Quant à la crise que traverserait aujourd’hui l’Algérie, même si elle serait le fruit de la gestion post-indépendance du FLN, elle ne remet nullement en cause la guerre pour la conquête de l’indépendance que le peuple algérien tout entier célèbre. Il est difficile de comparer les États algériens et angolais avec l’État du Cameroun. D’un côté, il s’agit d’États souverains, maîtres de leurs pays et de leurs richesses, de l’autre, d’un État camerounais vassal de la France. Faudrait-il rappeler ici que l’Algérie a exigé et obtenu de la France une demande de pardon pour les exactions de la guerre d’indépendance ?

Pour terminer, il n’est jamais de trop de rappeler l’apport inestimable de la résistance armée de l’UPC dans l’obtention de l’indépendance de l’Algérie. La France, écartelée sur deux fronts militaires, a été contrainte de lâcher l’Algérie afin de mieux s’occuper du Cameroun pour la création de sa « Françafrique ».

L’Angola, quant à elle, vit une transition politique axée sur “la correction de ce qui est mal et l’amélioration de ce qui est bien”. Une grande importance est accordée à la lutte contre la corruption, le népotisme et l’impunité. À ceux qui avaient plongé dans les caisses de l’État, un moratoire d’une année avait été donné pour les rapatriements volontaires de cet argent qui ne devait pas revenir totalement à l’État angolais. Les “propriétaires” devraient investir en leurs noms dans le pays, une partie de cet argent. Aujourd’hui, passé ce délai, l’État est en train de récupérer cet argent par la force, ce qui crée une indisposition ponctuelle des concernés mais qui n’a rien d’une crise politique. Ce pays commémore avec faste son indépendance chaque année et le corps du père de l’indépendance, le Dr Antonio Agostinho Neto, repose dans un mausolée d’une architecture imposante où passent inévitablement les chefs d’États étrangers, les visiteurs officiels, les populations et la jeunesse du pays.

Où sont les restes de Mpodol Ruben Um Nyobe, le père de l’indépendance de notre pays ? Quels sont les officiels de l’État camerounais qui se sont inclinés devant sa tombe ? Au moment même où ces lignes sont écrites, en Angola se déroule dans tout le pays, un processus de réhabilitation nationale de tous les acteurs de la lutte de libération nationale, tous les partis politiques confondus, afin de mieux cimenter l’unité nationale. Des monuments seront édifiés pour eux !

Au lieu de chercher des arguments introuvables pour justifier la non-commémoration de l’indépendance dans notre pays, au lieu de faire l’autruche face à l’Histoire de notre pays, il serait opportun que les compatriotes du BDC-UC-UNC-RDPC assument avec dignité le passé politique de leur parti pour lequel ils ne sont pas responsables aujourd’hui, et qu’ils œuvrent pour la réconciliation nationale tant attendue par notre peuple.

LA DETTE IMMENSE ENVERS L’UNION DES POPULATIONS DU CAMEROUN

Dans tous les pays du monde où il y a eu des guerres, elles se sont toutes terminées autour d’une table. Chez nous, la France a tenu à l’extermination complète de l’UPC afin qu’il n’y ait pas d’interlocuteurs UPCistes … Ce qui se passe actuellement au Cameroun Occidental avec l’option du gouvernement pour une victoire militaire rappelle étrangement ce qui s’est passé en pays Bamiléké et Bassa dans les années cinquante et soixante. Malheureusement pour le gouvernement, non seulement les temps ont changé et aucune victoire militaire n’est possible dans cette guerre, mais aussi et surtout des voix UPCistes se lèvent de plus en plus pour exiger des clarifications au sujet de la fin de la guerre contre les nationalistes UPCistes ; ce qui est simplement une question de bon sens et de justice historique !

Oui, il est vrai que nos morts ne reviendront plus, mais nous avons l’obligation de les enterrer tous avec honneur et dignité. Au lieu des charniers et des fosses communes, nous avons le devoir de recenser tous nos morts…

D’autre part, une réhabilitation nationale de ces anonymes est indispensable, sans oublier les nécessaires indemnisations financières et matérielles de l’UPC et des familles éprouvées, car nul n’ignore que l’actuelle paupérisation poussée de ce parti est aussi liée à la confiscation et à la destruction de ses biens lors de cette guerre.

L’HEURE EST GRAVE

Le Cameroun ne peut plus continuer à être une exception dans le monde, ce pays à l’envers qui ignore son Histoire glorieuse et qui ne commémore pas son indépendance car un pays sans mémoire historique est un pays sans âme !

Dans quel pays pourrait-on ignorer la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes ? Dans quel pays pourrait-on minimiser une cause pour laquelle des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies ? 60 ans après l’avènement à la “souveraineté”, le moment de la réconciliation nationale est arrivé. Le pays a besoin de ses filles et de ses fils pour qu’ils se retrouvent et que cesse définitivement la guerre au Cameroun Occidental afin que s’ouvre une nouvelle page pour le pays.

Président Ernest Ouandié ! Présent !

Président Ernest Ouandié ! Présent !

Camarade Émile ! Présent !

Toujours avec Émile !

 Dr Daniel YAYNYE TOM

Président de l’Alliance Patriotique

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